Le Bruissement du papier et des désirs : une préquelle à Anne, la maison aux pignons verts !

Marilla et Anne dans la série "Anne with an E"

ROMAN HISTORIQUE — Connaissez-vous Anne, la maison aux pignons verts ? Ce classique de la littérature anglo-saxonne a marqué énormément de lecteurs et est récemment revenu sur le devant de la scène avec la série Netflix Anne with an E. Pour être tout à fait honnête, si je connais de nom, mon expérience de l’univers des Pignons verts s’arrêtait là. Aussi, lorsque j’ai ouvert le dernier roman de Sarah McCoy, et jusqu’aux dernières pages, j’ignorais qu’il s’agissait de la préquelle non officielle du roman de Lucy Montgomery.

Pour faire vite, nous vous dirons juste qu’Anne est recueillie par un vieux garçon, Matthew Cuthbert, et sa sœur encore demoiselle, Marilla. Le roman de Sarah McCoy, lui, s’attache à nous conter l’histoire de Marilla.

Avant tout de chose, j’estime que l’édition française ne devrait pas attendre la note de l’autrice en fin de roman pour revendiquer clairement cette filiation, sans laquelle le récit paraît étrangement bancal. La fin est en effet extrêmement abrupte pour qui ne connaît pas le roman originel, et c’est quand même dommage d’être obligée de consulter Wikipedia pour combler les blancs. Ajoutons à cela que je ne suis pas séduite par le visuel de couverture et que je ne comprends pas bien, après lecture, le choix du titre français… Bon. Trêve de bavardage. Que vaut l’histoire par ailleurs ?

Elle est loin d’être déplaisante, bien au contraire. C’est intéressant de découvrir la vie d’une petite ville du Canada au milieu du XIXe siècle. Sarah McCoy recrée le mode de vie de l’époque avec aisance : les cercles de couture, les danses autour de l’arbre de mai, les mœurs amoureuses. On s’immerge dans la vie d’Avonlea avec beaucoup de plaisir. On apprécie aussi l’ancrage politico-historique souvent méconnu du lecteur. En effet, si celui-ci connaît bien la guerre de sécession américaine, il est généralement peu au fait des remous qu’a connu le Canada à l’époque où les premiers troubles se faisaient entendre dans le sud des États-unis. Je fais partie des lecteurs qui aiment apprendre des choses en lisant, et j’ai été servie !

Le Bruissement du papier et des désirs, Sarah McCoy

Quid des personnages, me direz-vous ? Marilla, l’héroïne, fait preuve de beaucoup de dévouement dans ce roman. Un dévouement qui confine au masochisme, puisqu’elle préfère sacrifier son bonheur plutôt que de laisser son père et son frangin se débrouiller tout seul. La femme moderne en moi avait juste enfin de la secouer et de la pousser à aller de l’avant. On comprend bien sûr que la jeune fille a vécu un traumatisme et rejette le rôle d’épouse et de mère que voudrait lui confier la société. Mais finalement, il émane une telle solitude, une telle nostalgie, un tel sentiment de gâchis du personnage en fin de roman, qu’on referme le livre avec un goût amer dans la bouche. Quant aux engagements politiques de Marilla, vantés en quatrième de couverture, je les espérais prendre plus de place. La vie de la jeune femme semble finalement plus faite d’introspection que de combats. Elle se révolte, prend la parole quelques fois, mais ne devient pas une figure médiatique du moment abolitionniste comme on pourrait le croire avant d’entamer le roman.

On a envie de secouer Marilla, mais on embrasserait bien la fantasque tante Izzie, audacieuse et en avance pour son temps, et on rêvasserait bien sur le sexy et charmant John. La délicieuse Rachel, meilleure amie de Marilla, est également un énorme plus à la lecture.

Finalement, ce roman est probablement une excellente préquelle. En tant que roman indépendant, en revanche, il laisse un peu à désirer : on aurait aimé une héroïne plus actrice de sa propre vie, plus d’action, plus de politique encore. Mais fans d’Anne, la maison aux pignons verts : ne loupez pas ce roman ! Il est fait pour vous !

Le Bruissement du papier et des désirs, Sarah McCoy. Michel Lafon, 2019. Traduit de l’anglais par Anath Riveline.

A propos Emily Costecalde 663 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

1 Commentaire

  1. Les mots de cette chronique sont justes et représentent exactement mon ressenti. Dans mon avis, j’ai préféré taire ce manque de passion, de rêves, d’initiative de ces personnages qui sont, somme toute, tout à fait conformes à l’époque, au contexte historique et au milieu dans lequel ils évoluent.
    Bonne continuation…

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