Rencontre avec Neal Shusterman !

Neal Shusterman

INTERVIEW — Durant le dernier Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, nous avons eu l’immense plaisir de rencontrer l’auteur américain Neal Shusterman, dont nous avons adoré les romans, qu’il s’agisse des Fragmentés, de la Trilogie des Illumières ou, plus récemment, de La Faucheuse. Les conditions d’interview étaient quelque peu expérimentales, mais c’est ce qui fait le charme des belles rencontres !

Café Powell : Bonjour Neal Shusterman, et merci d’avoir accepté notre interview !

Neal Shusterman : Bonjour !

Café Powell : La plupart de vos romans relèvent de la dystopie, pourquoi avez-vous choisi ce genre-là particulièrement ?

Neal Shusterman : Je ne dirais pas que j’ai choisi le genre de la dystopie, mais plutôt que le genre m’a choisi. J’essaie d’écrire dans tous les genres. La plupart de mes histoires possèdent des éléments surréalistes et c’est pour ça qu’elles sont classées en dystopies mais j’aime à penser qu’elles transcendent les genres, qu’elles vont au-delà.

Dry, Jarrod et Neal Susterman

C.P. : nous n’avons pas encore lu Dry, donc la question va porter sur les autres titres. Au départ, vos univers ont l’air plutôt idéaux quand on y pense, puisqu’il y a celui où l’on est capable de greffer n’importe quel organe, celui où l’on ne meurt plus ; mais on s’aperçoit assez vite qu’en fait c’est l’enfer. Il arrive des choses extrêmement dures à vos personnages mais, malgré tout, c’est de la littérature jeunesse : avez-vous une idée de ce qui, là-dedans, plaît à vos jeunes lecteurs ?

N.S. : Je pense que cela les fait réfléchir à des choses auxquelles ils n’avaient pas encore réfléchi. J’essaie d’écrire des histoires où les personnages parviennent à surmonter l’adversité et je pense que c’est une composante importante de la littérature young-adult. Cela stimule les lecteurs et leur montre que peu importe à quel point les choses sont difficiles, on peut toujours trouver un moyen de surmonter ce qui arrive. Dans toutes mes histoires, il y a une touche d’espoir finale, même si avant cela elles ont traversé les ténèbres. C’est important de savoir qu’on peut le faire.

C.P. : les thèmes de vos romans sont très réalistes et d’actualité, bien qu’il s’agisse de science-fiction : pensez-vous qu’il est plus facile de passer par l’anticipation pour nous faire réfléchir ?

N.S. : C’est plus facile de raconter des histoires à propos de notre monde via la science-fiction car elle nous permet de prendre un peu de recul. On peut regarder notre société sans s’encombrer du prisme de la politique ou de nos problématiques actuelles, d’une façon plus objective en quelque sorte. Cela nous donne une nouvelle perspective sur notre monde.

La Faucheuse, Neal Shusterman, R. Laffont,

C.P. : dans le tome 2 de La Faucheuse, il y a pas mal de chapitres narrés du point de vue de l’intelligence artificielle, le Thunderhead, qui n’est pas vraiment un personnage physique. Pourquoi avez-vous choisi ce point de vue-là ?

N.S. : Quand j’écrivais le premier tome de La Faucheuse, j’ai été fasciné par l’idée d’une intelligence artificielle qui gouverne le monde. Dans les autres récits qui concernent les IA, les machines sont toujours mauvaises, néfastes. J’ai voulu explorer l’opposé parce que je ne l’avais jamais vu auparavant : à quoi ressemblerait une IA bienveillante ? On veut une IA qui soit au service de l’humanité, qui soit bonne pour le monde : donc comment ça serait si c’était effectivement le cas, de quoi ça aurait l’air ? J’ai réalisé que ça serait presque comme une divinité. Et j’ai été fasciné par cette entité qui commençait à comprendre sa propre place dans l’univers.

C.P. : Comment avez-vous choisi les noms des Faucheurs ?

N.S. : Je voulais prendre les noms de personnes qui ont marqué l’Histoire, qui ont eu une influence importante dans tous les domaines de la civilisation : artistes, musiciens, écrivains, meneurs, scientifiques… Et je voulais aussi une égalité homme/femme et une égalité entre les différentes cultures.

C.P. : Pour l’anecdote, dans les premiers chapitres, on pensait que Goddard était le cinéaste français, avant de s’apercevoir qu’il s’appelait Robert, et non Jean-Luc (et qu’il y avait un -d en trop).

N.S. : Oui ! Mais non, ce n’est pas lui. Goddard était un scientifique, considéré comme un précurseur de le domaine des fusées (et c’est important pour le tome 3).

C.P. : Pouvez-vous nous parler un peu de l’adaptation qui est en cours ?

N.S. : C’est Universal Studios qui travaille dessus et c’est en développement. Ils ont des scénaristes qui travaillent sur le script, car je ne suis pas moi-même impliqué dans le processus scénaristique, je suis simplement consultant pour quelques conseils.
Dry est en cours d’adaptation par la Paramount. Mon fils Jarrod et moi avons écrit le scénario, comme le roman, et nous sommes en train de finaliser le dernier jet. La production est a priori sur le point de commencer, cela avance plus vite que l’autre projet. Et ce matin même, un ami m’a envoyé un message pour me dire que Stephen King a tweeté qu’il avait adoré Dry !

C.P. : On a terminé il y a quelques jours Le Goût amer de l’abîme, qui est extrêmement touchant. Comment passe-t-on de l’écriture de romans de science-fiction à un texte aussi personnel ?

Neal Shusterman

N.S. : J’écris toutes sortes de choses : certaines sont de la SF, certaines sont personnelles, certaines sont des fictions plus réalistes. Je m’intéresse à beaucoup de choses et je pense que pour grandir en tant qu’écrivain, il faut savoir écrire des choses différentes, dans tous les genres.

C.P. : Vous avez travaillé avec vos fils ; comment on s’organise pour travailler comme cela, en famille ?

N.S. : C’est un vrai bonheur de travailler avec mes enfants ! En tant que père, je suis tellement fier de chacun d’entre eux. J’en ai 4 d’ailleurs. J’ai travaillé avec Brandon qui s’est occupé des illustrations (artwork) pour Challenger Deep (Le Goût amer de l’abîme). Jarrod et moi avons co-écrit Dry : ça a été une expérience vraiment positive. Et maintenant mes filles aimeraient travailler à leur tour avec moi !

C.P. : Pour terminer, si vous ne deviez sauver qu’un seul de vos personnages, qui vous choisiriez-vous ?

N.S. : Je dois choisir un de mes préférés ?

C.P. : Oui !

N.S. : Oh, c’est tellement dur…. C’est une question très difficile. Je dirais Maître Faraday car il représente tout le bien que les Faucheurs sont censés être, surtout au vu de toutes les épreuves qu’il a dû surmonter. Il est un peu comme un Jedi… c’est le Obi-wan Kenobi des Faucheurs !

C.P. : Merci et à bientôt !

Cette interview a été captée le dimanche 2 décembre, au cours du Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil.

 

Par Coralie et Oihana

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