L’horizon d’une nuit : sombre polar nordique !

THRILLER — Camilla Grebe est une autrice suédoise, dont les romans ont souvent été primés. Son dernier en date, L’horizon d’une nuit, vient tout juste de paraître en français et est construit de façon à retourner le cerveau du lecteur !

Suède, années 2000. Maria vit aux abords de Stockholm avec sa famille recomposée : son petit Vincent, si fragile et attachant, son nouveau mari Samir, et la fille de ce dernier, l’incandescente Yasmin. Or, par une terrible nuit d’hiver, Yasmin disparaît près de la falaise. On retrouve sa veste, ses bottes, une vague lettre, mais aucun corps. Bientôt, tout semble accuser Samir. S’il adorait sa fille, il entretenait aussi une relation plus que conflictuelle avec l’adolescente. Maria ne peut se résoudre à y croire. Et pourtant, petit à petit, le doute l’envahit.
Les inspecteurs Gunnar Wijk et Ann-Britt Svensson sont chargés d’enquêter sur la tragique disparition et sur cette famille qui, sous des dehors parfaits, cache peut-être de très vilains secrets.

 

Pour les amateurs de l’autrice qui auraient lu ses titres les plus récemment traduits, vous ne serez pas dépaysés, car les enquêteurs viennent du même commissariat – et ceux intervenant dans les romans précédents sont régulièrement cités. Mais si, comme nous, vous débarquez dans la série, pas de panique, car les tomes sont tout à fait indépendants !

L’intrigue débute donc au début des années 2000, en Suède, un pays censément égalitaire, où les droits de chacun sont supposés être respectés. Mais malgré les beaux discours, les préjugés sont bien présents, en témoignent tous les petits actes de racisme ordinaire que subissent Samir et Yasmin. Or donc, Yasmin disparaît et le doute est semé dans tous les esprits. Après tout, Samir est musulman (même si non pratiquant !) : ne pourrait-il pas avoir perpétré un crime d’honneur ? Sa situation ne s’arrange pas lorsqu’il s’avère que sa propre épouse a des doutes sur son innocence…

Alors, coupable, ou pas coupable ? La question hante le récit jusqu’aux derniers chapitres, car l’autrice a choisi une construction maligne, qui permet de maintenir le suspense.
En effet, le récit est scindé en plusieurs grandes parties, chacune reliée à un narrateur. On débute avec le point de vue de Maria, au moment des faits, ce qui permet d’avoir une prise directe sur les tragiques événements. Mais elle n’est pas la seule narratrice ! On passe ensuite à Vincent, son fils atteint du syndrome de Down et qui, à hauteur d’enfant, assiste à de nombreux événements ou surprend quelques secrets. Mais après cela, le récit fait un bon de vingt ans en avant, et s’attache aux pas de Gunnar, l’enquêteur, qui va subitement s’intéresser de nouveau à cette enquête qu’il pensait pourtant avoir laissée derrière lui. En vingt ans, évidemment, les pistes se sont refroidies, mais cette histoire a eu tellement d’impact sur sa vie personnelle qu’il ne peut l’oublier tout à fait. Mais ensuite, on revient au moment des faits ou presque, avec la voix de Yasmin, qui va lever le voile sur de nombreux aspects, en livrant sa version des événements.

C’est l’autre gros point fort de ce récit : les personnages. Le fait de sauter de l’un à l’autre au gré des chapitres nous les rend très proches, extrêmement vivants. Mais surtout, cela donne au récit plusieurs directions, pas toujours compatibles. Résultat : on change d’avis plusieurs fois au cours de l’enquête, au fil des découvertes que l’on fait sur tel point de détail, sur le caractère de tel personnage, ou sur la face cachée d’une scène que l’on pensait avoir parfaitement comprise. La construction est minutieuse, et parfaitement menée !

Le début du récit nous mettait en garde contre les préjugés auxquels Samir et Yasmin devaient faire face. Au fil de l’intrigue, ceux-ci prennent de plus en plus de place, jusqu’à livrer Samir à une chasse aux sorcières moderne : il est évident pour tout le monde qu’il est coupable, puisqu’il s’agit d’un “arabe” (même si dans les faits lui et sa fille sont deux expatriés français). L’intrigue montre bien comment tout le monde se fiche des faits pour se concentrer sur ses propres préjugés, jusqu’au tragique dénouement. C’est réaliste… et terrifiant. D’autres thèmes (tous d’actualité, malheureusement) viennent se mêler au récit, parmi lesquels la violence domestique, le vivre-ensemble ou les relations dans une famille recomposée. Et tous sont bien traités, ce qui ne gâche rien !

On attend maintenant avec impatience son prochain titre !

L’Horizon d’une nuit, Camilla Grebe. Traduit du suédois par Anna Postel. Calmann-Lévy, 9 février 2022. 

A propos Oihana 651 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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