La Sirène, le marchand et la courtisane : plongée dans le Londres de 1785 !

La sirène, le marchand et la courtisane

ROMAN HISTORIQUE — Les sirènes, ça n’existe pas. C’est probablement ce que Mr Hancock, respectable marchand veuf, vous répondrait si vous lui parliez des célèbres femmes à queue de poisson. Et pourtant ! Un soir de septembre 1785, le capitaine d’un de ses bateaux vient le voir avec enthousiasme et excitation : leur fortune est faite, et ce, grâce à une sirène !

Mr Hancock n’est de prime abord pas franchement convaincu, ni même ravi de la trouvaille de son sous-fifre qui, pour se payer une authentique sirène, a tout bonnement vendu le navire dont il avait la charge ! Pourtant, le cadavre de la créature fabuleuse qu’il a ramené va fasciner le tout-Londres et réellement faire la fortune de Mr Hancock…

Fabuleuse, Angelica Neal l’est également, et elle le sait, et en joue. Courtisane de haut rang, la jeune femme vient de perdre son protecteur. Il lui faut donc rebondir, et vite, avant que sa jeunesse ne se fane. Son chemin va croiser celui du marchand et ils vont nouer une relation pour le moins improbable…

Plongée inspirée dans les eaux du Londres d’autrefois, La Sirène, le marchand et la courtisane est un roman historique très réussi, qui entraîne le lecteur dans les salons du beau monde et dans les bordels les plus prisés. Les parties du récit qui donnent voix à Angelica sont les plus fascinantes : l’autrice nous dévoile le quotidien d’une prostituée de luxe dans toute sa trivialité et son pragmatisme. Le besoin permanent d’argent pour alimenter le train de vie dispendieux de la jeune femme, nécessaire si elle veut pêcher de plus gros poissons, le difficile entretien de ses atouts, les techniques pour éviter les grossesses malvenues, les alliances avec les mères maquerelles de maisons closes prisées… Vous saurez tout sur la vie d’une cocotte de luxe à la fin du XVIIIe siècle : l’occasion pour l’autrice de s’interroger sur la condition féminine à une époque où les femmes n’avaient que peu d’options pour être indépendantes (y parvenaient-elles vraiment, d’ailleurs ?). Angelica (au moins dans un premier temps) et les courtisanes croisées dans le roman portent un regard froid et détaché sur le mariage, le sexe et la maternité. Le mariage est-il une prison dorée ou une bouée de sauvetage ? Est-ce la lente déliquescence du corps et le naufrage progressif d’une jeunesse épuisée par les grossesses, ou l’assurance d’avoir toujours un foyer, de quoi manger et se vêtir ? Les perspectives féminines sont réduites et peu reluisantes.

Pourtant, il y a chez Angelica Neal une vulnérabilité touchante derrière le vernis de son assurance, derrière son exubérance et sa séduction. Cette vulnérabilité, on la retrouve chez Hancock, gentil et un peu benêt, avec un côté pataud qui lui donne du charme. Pourraient-ils être heureux ensemble ? Si, dans leur histoire, il est compliqué de parler d’amour, on peut tout de même évoquer une certaine tendresse, là encore assez émouvante.

Quid de la sirène ? Le récit se pare d’une légère aura surnaturelle, surtout à la fin du roman. Nous vous laissons en découvrir davantage dans ce roman qui redonne vie au Londres de 1785 avec panache et réalisme !

La Sirène, le Marchand et la Courtisane, Imogen Hermes Gowar. 10/18, mars 2022. Traduit par Maxime Berrée.

A propos Emily Costecalde 971 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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