The Corpse Queen : historique et horrifique !

The Corpse Queen

HISTORIQUE — Molly Green a dix-sept ans dans le Philadelphie de 1850. Ses parents sont morts et elle a passé son adolescence dans un orphelinat tenu par des religieuses, dont elle vient d’être mise à la porte en plein hiver. Sa seule amie Kitty vient d’être retrouvée noyée, et Molly est persuadée qu’elle a été assassinée. Bref : autant être honnête. La vie de Molly craint.

Alors que la jeune fille s’attend à être jetée à la rue dans le froid, sans même une paire de chaussures pour empêcher ses orteils de geler, surgit un drôle de deus ex machina : une tante inconnue au bataillon se propose de la recueillir. Une tante richissime qui plus est ! Molly va pouvoir vivre dans l’opulence… à la condition d’aider sa tante à entretenir son commerce florissant. Un commerce vraiment pas comme les autres… Car la Tante Ava n’est nulle autre que la reine des cadavres, qui pille les tombes et achète des corps qu’elle revend aux étudiants en médecine. Une activité peu ragoûtant mais très rentable !

Âmes sensibles s’abstenir ! De nombreuses descriptions de corps décédés à divers stade de décomposition et de personnages endeuillées rendront sûrement la lecture de ce roman très laborieuses aux plus délicats d’entre vous. J’ai moi-même ressenti à plusieurs reprises une sensation insidieuse de malaise (moi qui, à douze ans, dévorais les romans de Patricia Cornwell dont l’héroïne est médecin légiste… comme quoi, j’avais plus d’estomac pré-ado qu’une fois devenue maman). Cependant, je n’ai pas réussi à lâcher ce roman et je l’ai lu quasiment d’une traite.

Bien sûr, le macabre est ici nécessaire, puisqu’il permet à Molly, et au lecteur, de pénétrer le milieu assez fermé et mystérieux des étudiants en médecine de la milieu du XIXe siècle : alors que Molly enquête sur la disparition de son amie, elle se découvre une véritable vocation pour la médecine. Mais il est difficile pour une jeune fille de se faire accepter dans ce milieu très masculin. Molly fait donc la douloureuse expérience du sexisme…

L’enquête ne recèle pas beaucoup de suspense, car le lecteur devine bien avant l’héroïne l’identité du meurtrier qui sévit à la Jack l’éventreur. Cependant, le récit est formidablement efficace, grâce à son habile mélange entre des passages très glauques, une romance mignonnette et l’ambition très bienvenue de Molly. L’ambiance fait tout le sel de ce roman qui pousse le lecteur à s’interroger sur la mort, la réification des corps, et ce par quoi la médecine doit en passer pour progresser. Certaines scènes sont très dérangeantes, indépendamment des descriptions souvent sordides des corps. Au nom de la science, certains médecins sont prêts à tout, et certaines actions des personnages se parent même d’un déplaisant relent d’eugénisme…

Roman à ambiance aussi bien qu’à suspense, The Corpse Queen se distingue de plus par une jolie jaquette en calque qui souligne à merveille le macabre de son visuel de couverture.

The Corpse Queen, Heather M. Herrman. Castelmore Fibs, 2022. Traduit de l’anglais par Alison Jacquet-Robert.

A propos Emily Costecalde 983 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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