Rose givrée : un roman plus profond qu’il n’y paraît

JEUNESSE — Décidément très à l’aise dans les histoires de famille, Cathy Cassidy est revenue cet été aux éditions Nathan avec un roman jeunesse un poil plus sombre qu’il n’y paraît au premier abord !

Jude a 13 ans et ne rêve que d’une chose : une vie discrète et sans ennuis. Quelque chose qui tient de l’impossible en raison de sa famille, un peu givrée et très embarrassante. D’ailleurs, ils ne manquent pas de débarquer en grande pompe à la réunion parents-professeurs de son collège très distingué, alors qu’elle avait fait en sorte d’en cacher la date.
D’abord il y a sa mère, qui ne cadre pas vraiment avec le décor avec son boulot de coiffeuse, ses mèches rouge vif et… sa dangereuse addiction à l’alcool qu’elle cache plus ou moins bien. Ensuite, il y a les grands-parents, chez qui vivent Jude et sa mère : Patrick, le grand-père, tient la famille à bout de bras car Molly, la grand-mère, est atteinte de la maladie d’Alzheimer et éprouve une passion immodérée pour les écharpes de trois pieds de long – qu’elle tricote n’importe où de préférence. Évidemment, ce n’est pas la mère de Jude, avec son absentéisme prononcé, qui va faire office de pilier de famille.
Ensuite, il y a le père de Jude, sosie officiel d’Elvis, qui vient assister à la réunion parents-profs juste avant une entrée en scène et donc tout en banane, rouflaquettes et pantalon blanc à strass… au grand désespoir de son adolescente de fille, qui fait semblant de n’en connaître aucun.
Autant de bonnes raisons, pour Jude, de se tenir à l’écart des autres et de ne parler de rien de ce qui la tracasse à qui que ce soit, de peur que l’on ne découvre réellement qui est sa famille !
Sauf qu’un beau jour, cette situation déjà dangereusement précaire finit par basculer vraiment… et c’est la catastrophe, que Jude ne va pas pouvoir éponger toute seule.

Rose givrée, Cathy Cassidy, Nathan

Au fil des pages, Cathy Cassidy dessine des portraits touchants : Jude est au centre de l’histoire, évidemment, mais les adultes qui gravitent autour d’elle sont tout aussi importants. C’est vraiment l’histoire d’une cellule familiale, vécue par la jeune fille.
La couverture pourrait laisser penser qu’on aborde une histoire acidulée, mignonne et pleine de douceur : mais, si histoire mignonne il y a, l’auteure va creuser plus loin que les apparences et aborde de vrais sujets de société, qui peuvent toucher les adolescents (comme les adultes, d’ailleurs). Ainsi, il va être question d’amour, mais pas tellement du côté de Jude (un peu, oui, avouons-le, mais ça ne semble pas être le sujet principal). En fait, ce sont surtout les adultes qui sont pris dans des histoires d’amour parfois compliquées : les parents de Jude sont séparés, son père se remarie, sa mère a un petit ami qu’elle méprise assez violemment (notamment dans ses paroles) et elle se surprend à refuser l’idée que son ex se remarie.
Il y a également la question de l’amour filial : peut-on aimer un parent qui ment, qui n’est pas franc et qui n’offre que trahison sur trahison ? Difficile question, et il va falloir beaucoup de réflexion à Jude pour trouver une réponse qui la satisfasse. Enfin, il va être beaucoup question de deuil : Molly, la grand-mère, est très malade et sa personnalité s’efface peu à peu, grignotée par Alzheimer ; du côté de la mère, c’est le whisky qui la grignote et, dans un cas comme dans l’autre, Jude est obligée de faire le deuil des personnes qu’elle connaît tout en les côtoyant, ce qui n’est guère aisé.

Mais si Cathy Cassidy fait passer sa jeune héroïne par des affres que l’on ne souhaite à personne, elle ne verse ni dans le pathos, ni dans le misérabilisme. Mieux : le roman possède une petite touche d’enthousiasme fort bienvenue, qui fait que l’on dévore les pages sans barguigner, pressé de savoir comment la jeune fille va parvenir à s’en sortir.

Avec la série des Filles au chocolat, Cathy Cassidy nous avait habituées à des histoires d’apparence légères, mais finalement bien plus profondes. Elle propose cette fois encore une histoire qui semble, de prime abord, fraîche et printanière, mais qui traite finalement de sujets de société importants, avec justesse et sans être moralisatrice. Bonne pioche !

Rose givrée, Cathy Cassidy. Nathan jeunesse, 1er juin 2017. Traduit de l’anglais par Anne Guitton.

A propos Oihana 711 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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