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Les femmes de Brewster Place

Tout comme Delta noir, Les Femmes de Brewster place s’ouvre sur la description d’un quartier, avec sa création, les espoirs et rêves de ses habitants lors d’un âge d’or bien trop court, puis les désillusions qui viennent avec une décrépitude croissante. Mais Les Femmes de Brewter place, au contraire de Delta Noir, est un roman solidement ancré dans le réel, et non dans la légende. Récompensé par le National book award en 1983, le roman de Gloria Naylor fait partie de ses classiques américains oubliés en France et que Belfond remet au goût du jour avec une nouvelle édition.

Ce roman nous plonge dans le quotidien morose d’une communauté afro-américaine dans les années 70, au sein d’un quartier aux immeubles délabrés, hors d’âge. Mattie Michael, une dame d’âge mur, emménage dans cette enclave sinistre : alors qu’elle traîne sa valise sur le bitume, elle se remémore sa vie et le moment où celle-ci a basculé, le jour où elle a cédé aux avances d’un beau parleur. Plusieurs décennies plus tard, Mattie est une femme que la vie n’a pas ménagé. Elle retrouve son amie Etta, libre et désinvolte, mais rencontre également d’autres femmes, dont la jeune Kiswana. Kiswana est un des personnages les plus fascinants de cette fresque bien sombre : autrefois, elle s’est appelée Mélanie, et vivait dans un quartier huppé. Elle a décidé de devenir indépendante, et d’œuvrer pour les droits civiques en s’immergeant dans le monde des défavorisés, prenant un nom africain pour faire honneur à ses origines. Elle se bat au quotidien pour mobiliser ses voisins afin de présenter un front uni au propriétaire, invisible et sans visage, qui ne brille que par sa négligence et son manque d’intérêt. Pour réunir suffisamment d’argent pour engager un avocat, Kiswana lance l’idée d’une fête de quartier. Mais avant les réjouissances, un double drame secoue la communauté, fruit de la haine et de la violence la plus primaires. Car Brewster place n’est pas qu’une impasse morose : c’est le nid des jalousies et des haines les plus féroces. Les voisins ont les yeux rivés sur les fenêtres de l’appartement d’à côté : on se juge, on se surveille. L’installation de deux jeunes filles un peu trop complices suscite ainsi un rejet violent. Les plus virulents se font la voix de Brewster place, mais la plupart des habitants n’osent pas protester, englués dans dans leur immobilisme et leur petite vie. L’alcoolisme, la misère, la violence, les enfants qui viennent sans qu’on les désire forment le quotidien de cette petite communauté moribonde.

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Récit puissant, parfois difficile mais toujours juste, Les Femmes de Brewster place joue avec les différentes facettes de la féminité, montrant des mères dépassées, des femmes trahies et des filles rejetées. Le récit plonge parfois dans le passé des diverses héroïnes, leur donnant une épaisseur et une complexité rares. Gloria Naylor donne une voix forte et claire à la féminité afro-américaine de l’époque des droits civiques. Porté à l’écran par Oprah Winfrey et devenu un livre culte pour toute une communauté, Les Femmes de Brewster place est sans nul doute un des joyaux de cette nouvelle collection.

Les Femmes de Brewster place, Gloria Naylor. Belfond vintage, 2013.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde (642 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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1 Commentaire le Les femmes de Brewster Place

  1. Je l’ai trouvé très intéressant et dérangeant, je ne regrette pas ma lecture !

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