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Comme une bête : un roman qui se dévore

Comme une bête, c’est l’histoire de Pim, un garçon qui aime la viande, qui aime les vaches. C’est une histoire d’amour bien singulière qui commence. Quand vient l’heure de s’orienter, de choisir une voie professionnelle, Pim devient boucher, comme d’autres deviennent menuisiers ou pâtissiers. Pour le jeune garçon, cette vocation est une révélation, et même davantage, un choix de vie. Peu à peu, la vie de Pim se rétrécit et se réduit à la viande, à tout ce rouge, ce muscle à découper, puis à dévorer. Pim ne voit plus la vie qu’à travers le prisme de la boucherie. Avec le jeune homme, le lecteur découvre les coulisses d’un métier sur lequel on ne s’interroge pas souvent, après tout, le boucher, au même titre que le boulanger, fait un peu partie du paysage, des meubles…Mais que se passe-t-il dans l’arrière-boutique ? Comment devient-on cet homme ou cette femme derrière le comptoir, le tablier sanglant, les mains larges comme des battoirs ?

Joy Sorman présente la formation de Pim de manière réaliste et concrète, en évitant l’écueil du documentaire pur et simple, mêlant fiction et information avec brio : elle montre le quotidien de professionnels qui triment dur, se lèvent à l’aube, doivent connaître aussi bien la découpe du bœuf que la comptabilité, les normes d’hygiène et de traçabilité. Pim s’accroche, et très rapidement, excelle. Pourtant, confronté à la viande, qu’il aime tant, alors qu’elle est vivante, qu’elle palpite et que, pire, elle le regarde dans les yeux, le jeune garçon défaille. Car derrière le steak dans notre assiette, il y a la réalité de abattoir.  Tout ce sang qui fascine Pim et l’étourdit provient d’une mise à mort. Pim prend conscience d’être en bout de chaîne, d’avoir le poste le plus enviable, d’être celui qui donne sa raison d’être au massacre animal en sublimant la viande, en nourrissant ses clients, et entretient une relation ambiguë avec l’animal qui lui fournit la viande qu’il aime tant. Touchant de simplicité et de douceur, Pim est un de ces personnages que l’on suit avec plaisir.

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Si l’on ne sort pas de ce roman végétarien, on n’en revient pas indemne. L’écriture de Joy Sorman, très fluide, vive, parfois même poétique, met en scène des passages crus et très visuels, et pourtant, toujours supportables. L’intérêt de Pim pour la viande se mue en passion, puis en obsession. Certaines scènes sont irréalistes, presque oniriques : le lecteur hésite, ne sait pas s’il est en train de se perdre dans les fantasmes de Pim, ou si Pim a vraiment sombré dans la folie. C’est un récit très maîtrisé que nous livre Joy Sorman, un de ces romans que l’on dévore, que se lit avec une fascination un peu morbide, mais pourtant totale.

Comme une bête, Joy Sorman. Gallimard Folio, janvier 2014. 

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde (599 Articles)
<p>Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.</p>
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1 Commentaire le Comme une bête : un roman qui se dévore

  1. J’ai vu ce roman dans de nombreuses librairies et souvent mis en avant ! Je note le titre, j’aime bien sortir des sentiers battus !

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