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La Sélection prend fin avec L’Élue

La Sélection prend fin avec  L’Élue, et la trilogie de Kiera Cass aussi. Dans une Amérique contrôlée par une monarchie tyrannique et régie par un système de castes rigide et cruel, la sélection est la manière qu’a trouvé la royauté pour souder le peuple dans un événement d’importance nationale : trouver une épouse au prince héritier. A chaque génération, trente-cinq candidates triées sur le volet sont admises au palais, et évoluent sous l’œil des caméras, faisant ainsi une pierre deux coups : on fait rêver le peuple en lui laissant espérer que sa fille, sa voisine ou sa sœur peut devenir reine, et en même temps, on l’occupe. C’est toujours utile dans un pays où la révolution semble couver. Au terme de la sélection, il ne restera plus qu’une seule jeune fille, qui portera la couronne aux côtés du prince héritier. Un Bachelor royal, en somme, avec des audiences dignes d’une finale de coupe du Monde.

America est une jeune fille issue d’une caste inférieure : elle a connu la faim et le froid, l’injustice et le manque de perspectives. Elle vivait une belle histoire avec Aspen quand celui-ci l’a violemment rejetée. Tâchant de l’oublier, America avait donc intégré la sélection dans le premier tome éponyme. S’attirant l’affection du prince Maxon, elle avait même été admise au sein de l’élite, le deuxième cercle de la sélection, parmi les cinq dernières candidates en jeu. Dans L’Élue, à la jeune femme de se battre si elle veut conquérir Maxon.

Des intrigues de couloir et des crêpages de chignon entre candidates, un triangle amoureux entre America, son prince et Aspen, devenu garde au palais, et une dimension socio-politique qui aurait gagnée à être creusée : voilà les atouts qui ont fait de cette trilogie des livres bien accueillis du public. America est une héroïne au grand cœur, et au sens aigu de la justice : son esprit rebelle la met parfois dans des situations difficiles, suivant des schémas répétés encore et encore. C’est une héroïne que l’on aime suivre, même si on l’aurait souhaitée plus dégourdie et moins prise de tête, surtout en ce qui concerne ses sentiments pour Maxon. Tous deux se livrent à la très célèbre comédie du « Je t’aime, moi non plus ». Bien que leurs sentiments deviennent de plus en plus évidents, ces deux-là semblent incapables de se les avouer, et préfèrent se déchirer encore et encore sur des malentendus. L’amour triomphera-t-il des susceptibilités de chacun ? Ce n’est pas évident quand on s’appelle America et Maxon.

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Dans ce dernier tome, l’ambiguïté entre  America et ses deux prétendants semble s’être dissipée, et America semble enfin savoir ce qu’elle veut. Cependant, elle doit se heurter à l’hostilité grandissante du roi, qui n’a pas vu pas d’un très bon œil ses différents éclats tout au long de la compétition. Ajoutons à cela des renégats toujours décidés à renverser le pouvoir et à semer la zizanie, et vous comprendrez que la vie au palais d’Angeles n’est pas de tout repos.

Ces renégats, qui portent à eux seuls ou presque la dimension politique de la trilogie, manquent un peu de complexité, et souffrent d’un manichéisme un peu simplet (on a les gentils renégats et les méchants). Ils parviennent de temps en temps à pénétrer dans le palais et à tout saccager. Avec le temps, on aurait pu croire que le roi et son service de sécurité auraient réussi à mettre en place une protection un tant soit peu efficace, mais apparemment, ce n’est pas si évident. Toujours est-il que l’attaque de renégats est un ressort dramatique très pratique dont Kiera Cass use régulièrement : cela permet d’introduire un peu d’action et un ultime rebondissement un peu « gros », mais que l’on pardonne à l’auteur car notre cœur de midinette, lui, soupire d’aise.

Oui, lectrice : si tu es romantique, tu seras ravie de ce dernier tome. A titre personnel, le cheminement amoureux d’America m’a captivée. Mais va-t-elle pour une fois agir sous le coup du bon sens, et va-t-elle mettre le grappin sur le cœur du prince ? Kiera Cass joue avec nos nerfs jusqu’au bout. Et si la fin ne recèle pas de surprise majeure, on la savoure tout de même (on est romantique, on vient de vous le dire !).

 L’Élue, Kiera Cass. Robert Laffont, mai 2014.

A propos Emily Costecalde (583 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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