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L’Héritière : le nouveau Twilight ?

Même sans être accro aux vampires, difficile de résister à leurs charmes dans ce roman de Jeanne-A Debats, L’Héritière. Un vrai livre de vampires, avec crocs, sang, attirance maléfique et jeunesse éternelle. Vous voilà prévenus. Sachez qu’il y aura aussi des meutes de loups-garous, des sabbats de sorcières, des fantômes sanguinolents et des sirènes aux charmes ravageurs. Bref un macrocosme de créatures surnaturelles, plus ou moins rassurantes, se promenant en toute liberté dans le Paris d’aujourd’hui. Le plus inquiétant : ça se passe à côté de chez nous sans qu’on en sache rien…

Le surnaturel au coin de nos rues

Il faut dire que cet univers occulte fonctionne en parallèle du nôtre sans jamais laisser de simples humains deviner son existence. Très hiérarchisé, il s’organise en société avec un pouvoir, des institutions dirigeantes, des classes sociales, des fonctions définies selon le milieu, les mœurs et les coutumes, et évidemment des rivalités. De vieilles histoires de famille, des non-dits et des batailles pour les héritages et la transmission des biens et des pouvoirs. Voyez-vous, le problème, quand on a l’éternité, c’est que ce genre de rancunes et de querelles dure depuis des siècles ! C’est un des problèmes de l’immortalité.

Bien sûr, cette longévité exceptionnelle apporte aussi des avantages, que vous découvrirez avec ces vampires aussi séduisants les uns que les autres : entre Navarre, le taciturne amateur de comics et Herfauges, le bad-boy vénéneux, votre cœur balancera et votre sang ne fera qu’un tour…

Vous n’auriez eu aucune chance de découvrir l’existence de cette autre société, l’Alter-monde si vous n’y étiez introduit par Agnès Cleyre, l’héroïne du roman et notre guide ici-bas. Descendante d’une lignée de sorcières par sa mère, elle ne connaît pourtant rien des philtres et sorts à base de crapaud ; de son père, elle a hérité d’une nature humaine, ce qui n’est pas chose facile.

L'héritière

Sa double origine lui permet d’entrer et de découvrir avec nous cet Alter-Monde, qu’elle observe avec humour, détachement, et, quoique les charmes des vampires ne la laissent pas indifférente, parfois appréhension. Petit détail, et non des moindres car il l’empêche de vivre normalement depuis toute petite, Agnès a reçu un don : celui de voir les fantômes. Un don très dérangeant, car vous n’avez pas idée du nombre de morts, qui n’ont toujours pas digéré la violence de leur disparition et se promènent en colère et en sang dans les rues…

La vie d’Agnès aurait pu continuer ainsi, vivant en recluse pour se protéger de ce don qu’elle vit comme une malédiction…

Un roman qui secoue les codes et les genres

Mais le drame surgit quand toute sa famille meurt dans un accident. La voilà seule au monde, et à la merci de ses fantômes, les siens et tous les autres.

Heureusement l’oncle Geraut veille : il la prend sous son aile, ou plutôt sa cape… et l’embauche pour une mission un peu particulière : Geraut est notaire de l’Alter-Monde. Ses fonctions consistent à protéger et gérer les intérêts de lignées de vampires. Sa position lui permet de connaître tout de la généalogie et des secrets des grands de ce monde et quand il ne les connaît pas, il se charge de les trouver. Pour y parvenir, il est assisté d’un vampire et d’une sirène. Agnès, elle, sera chargée des recherches dans les archives, afin d’y retrouver la trace d’une héritière…

Les personnages sont un vrai régal : mystérieux, obscurs, aguicheurs, dépressifs, impulsifs et mauvais joueurs, héros au grand cœur ou traîtres à la cause. Entraînée par ces caractères bien affirmés, Agnès se mettra à vivre, et apprivoisera ce don qu’elle saura maîtriser en temps voulu. Un apprentissage à la vie qui apporte une nouvelle facette à ce livre de vampires qui devient alors roman d’initiation.

Si le roman joue avec succès des codes de la littérature vampirique, il sait en utiliser les codes, les clichés et les grandes thématiques, mais il aborde aussi des questions aussi graves que le deuil, le rapport à la mort, le désir d’éternité, l’attirance, l’amour ou la passion, la famille et la transmission culturelle.

Des vampires au pays des Bourbons et des Sans-culottes

Jeanne-A Débats renouvelle avec brio le genre en plaçant cette histoire vampirique dans l’hexagone, au cœur d’un Paris très contemporain : nos modes de vie se mêlent aux traditions ancestrales des créatures du monde occulte, et tous les lecteurs de ce genre de littérature se délecteront. Le puriste de Dracula retrouvera avec bonheur la généalogie et les moeurs de ces assoiffés de sang venus des Carpathes, et l’amateur de Twilight tombera sous le charme magnétique de ces beaux vampires aux dents longues qui n’ont rien à envier coté technologie aux Digital natives.

Dans cette Héritière, l’auteur crée avec finesse un véritable univers de vampires à la française, n’hésitant pas à revisiter l’Histoire de France, de ses lignées royales à ses appétits révolutionnaires, sur fond de sorcellerie et de peurs ancestrales, se démarquant ainsi avec humour et intelligence des codes anglo-saxons en vigueur dans la littérature vampirique.

Un vrai succès, une suite que l’on espère pour cette aventure drôle décalée qui ouvre des portes dans les profondeurs de notre inconscient collectif. Un succès made in France à dévorer sans tarder !

 L’Héritière, Jeanne A. Débats. Editions ActuSF, octobre 2014.

Par Isabelle

1 Commentaire le L’Héritière : le nouveau Twilight ?

  1. j’ai adoré ce livre qui bouscule complètement les codes du genre!

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