Blasmusikpop, du rififi chez les barbares des montagnes !

Quel étrange phénomène que le roman de Vea Kaiser ! La jeune Autrichienne, étudiante en philologie et en grec ancien, nous livre un texte inclassable, entre fresque familiale et chronique d’un village, le tout servi avec beaucoup d’humour ! Véritable succès d’édition en Autriche, Blasmusikpop est même en cours d’adaptation cinématographique. Nous sommes très curieux de voir ce que peut donner une telle histoire à l’écran, tant elle se montre dense et loufoque !

Saint-Peter-sur-Anger est un petit village des Alpes autrichiennes, habitué à vivre en autarcie depuis des siècles. En résultent un patois qui leur est propre, et des us et coutumes bien particulières… Nos barbares des montagnes ne comptent pas se laisser contaminer par les étranges manières de vivre de l’extérieur ! Ils veillent jalousement sur leur « exception culturelle »…

Tout commence à la fin des années 50 quand Johannes Gerlitzen, un jeune homme du village, découvre qu’il héberge malgré lui un ver solitaire d’une longueur record. Ce parasite va tant et si bien passionner Johannes qu’il va quitter le village pour aller étudier la médecine : du jamais-vu à Saint-Peter ! Près d’une décennie après son départ, Johannes revient paré de son titre de médecin. Mais ses anciens voisins ne le reconnaissent plus ! Johannes rejette tout ce qu’il aimait auparavant (la taverne en tête !), et a laissé tomber le patois au profit d’un allemand plus… conventionnel. Plusieurs décennies plus tard, le petit fils du Dr Gerlitzen, prénommé également Johannes, décide de suivre les traces de son illustre grand-père. Mais, horreur ! Il échoue au baccalauréat, et est condamné à passer tout un été chez les barbares en attendant les épreuves de rattrapage…

Ce sont près de quarante ans de la vie d’un village que nous conte Vea Kaiser, avec ses grands bouleversements, ses unions, ses scandales et ses ragots. A Saint-Peter, les quelques quatre cents habitants sont tous cousins, et si le lecteur se perd un peu dans la généalogie du village, cette confusion n’en est que plus savoureuse… Au sein des habitants de Saint-Peter, il y a deux exceptions, et elles portent tous deux le prénom de Johannes. Le premier a connu une épiphanie qui lui a ouvert les portes du savoir et du vaste monde, dans un village où on considère avec méfiance quiconque décide de s’instruire plus que de coutume. Le second a toujours rejeté le village, n’aspirant qu’à s’enfuir pour mener de brillantes études. Le jeune garçon s’est toujours distingué de ses congénères : la preuve en est, il semble être le seul du village à pouvoir aligner plus de deux phrases grammaticalement correctes. En effet, Vea Kaiser joue avec la langue, imaginant un patois qui hérissera le grammar nazi en vous, à grand renfort de « J’croyons » et de « ale dit » et autres ignominies linguistiques.

Blasmusikpop, Vea Kaiser, Presses de la cité

Ce qu’il faut savoir sur Blasmusikpop, c’est que c’est un roman très drôle, mais très bienveillant : nous ne rions jamais aux dépends des habitants du village. Au contraire, le lecteur les prend bien volontiers en affection. Ils ont beau avoir tous les défauts du monde (une certaine tendance à l’alcoolisme, un rejet violent de la culture, des idées très arrêtées…), ils ont en réalité un bon fond et savent se montrer tolérants. Malgré le snobisme manifeste de Johannes, ils n’hésitent pas à l’accueillir de nouveau dans leur giron dès que le besoin s’en fait sentir. A Saint-Peter, le sentiment de communauté prime… même sur les jalousies intestines, pourtant nombreuses !

En somme, avec ce premier roman, on se régale ! Quand on referme Blasmusikpop, c’est avec l’impression de quitter de vieux amis. Nulle doute que Vea Kaiser a réussit à créer des personnages au potentiel culte indéniable : le maire bedonnant gonflé de sa propre importance, les quatre vieux veillant sur le village, le clan des matrones, Madame Moni et son chien, l’inénarrable Peppi Gippel… Vea Kaiser a un talent certain pour croquer ces personnages ! Un talent avéré tout court…

Blasmusikpop, Vea Kaiser. Presses de la cité, 2015. Traduit de l’allemand par Corinna Gepner.

Nos amis de La Fringale culturelle ont rencontré Vea Kaiser et lui ont posé une question de notre part ! Nous vous laissons regarder le résultat !

A propos Emily Costecalde 662 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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