Hors-bord : back from the 70’s

Hors-bord est paru une première fois aux Etats-Unis en 1976, puis a été réédité en 2013, avant d’être traduit pour la première fois en français en 2014 seulement. Renata Adler est pourtant une sacrée personnalité outre-Atlantique, et fut une des grandes plumes du célèbre New Yorker. C’est donc avec plaisir que l’on découvre Hors-bord, récit original, hors norme, en fait, qui surprend par sa forme décousue et par son manque apparent de cohérence romanesque. En réalité, Hors-bord est un peu comme la photographie d’une époque, les années 70, une décennie qui avait un peu “la gueule de bois” des années 60, comme l’explique la postface.

Hors-bord ne respecte pas la forme traditionnelle du roman, il n’y a ni début ni fin à proprement parler, mais à la place, une série d’anecdotes sans queue ni tête, qui nous plongent dans la vie d’une journaliste dans une publication à sensation, Jen Fain. Celle-ci voyage, fait des rencontres, et raconte ses hésitations, ses rêves, et les nombreuses choses qu’elle voit et entend, dressant ainsi un portrait vibrant et coloré du New York des années 60 et 70, et du journalisme de l’époque. On découvre par bribes une enfance dans un pensionnant aux méthodes d’enseignement étranges, des voyages de presse, des interviews.

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Hors-bord, c’est un roman au charme suranné indéniable, bien que déroutant : c’est comme si une voix venue tout droit des années Nixon/Carter venait nous chuchoter à l’oreille et nous raconter ses secrets. Il en ressort une idée de grande liberté et de modernité, mais également une ironie mordante. Le lecteur s’égare parfois dans ces bribes de dialogue et ces historiettes qu’on lui compte : il a l’impression de suivre le monologue d’un esprit confus, qui aime divaguer, et qui a une grande envie de se confier. Cette originalité étonne, et plait : elle est rafraîchissante, aussi éloignée que possible des grands romans américains traditionnels.

Hors-bord a bien failli ne jamais être découvert par les lecteurs français. Pour l’anecdote, c’est la traductrice, Céline Leroy, née juste après la parution originale du livre, qui a exhumé ce livre des limbes et en a permis la publication en français. Avouons que cela aurait été tout de même extrêmement dommage de passer à côté d’un texte aussi surprenant, d’un témoignage aussi spontané et juste d’une époque maintenant révolue. En refermant ce livre, on a l’impression de revenir de très loin.

Hors-bord, Renata Adler. L’Olivier, janvier 2014.

Photo : © Richard Avedon

Par Emily Vaquié

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A propos Emily Costecalde 646 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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