Rencontre avec Sean Easley !

L’Hôtel invisible, Sean Easley. Lumen

INTERVIEW — Sean Easley, auteur des Entremondes, a accepté de nous rencontrer. Interview !

Café Powell : Bonjour Sean Easley, et merci d’avoir accepté notre interview !

Sean Easley : Enchanté ! (en français dans le texte)

Sean Easley

C.P. : Les Entremondes est votre premier roman publié, mais depuis quand écrivez-vous ?

S.E. : j’ai commencé à écrire en CE2 : j’ai eu un professeur qui a réalisé que la raison pour laquelle j’avais des problèmes à l’école, c’est que je m’ennuyais en cours. Mais j’écris avec la volonté d’être publié depuis 2012. J’ai écrit plusieurs autres livres avant L’hôtel invisible mais c’est le seul livre pour lequel je suis vraiment passé par toutes les étapes du processus en vue d’une publication.

C.P. : d’où vous est venue l’idée de cet hôtel aux multiples destinations ?

S.E. : En fait, c’est une idée que j’ai eue à travers un rêve, à une époque où je travaillais sur un autre projet. Une nuit, j’ai rêvé que ma femme et moi avions déménagé dans une sorte d’hôtel, presque un appartement en fait, où chaque pièce, chaque hall avait l’air complètement différent, comme si ça venait d’un autre pays, d’ailleurs dans le monde. Quand je me suis réveillé le lendemain matin, je me suis dit que l’idée était trop belle pour qu’on la laisse filer.
Donc j’ai mis mon projet de côté et j’ai commencé à travailler sur celui-ci. Je me suis demandé comment faire pour créer un monde comme cela, quel aspect il pourrait avoir dans un livre. Je ne pouvais pas laisser passer cela, je trouvais que l’idée était vraiment géniale pour cette tranche d’âge-là. De plus, quand j’étais enfant, mon père voyageait beaucoup, partout autour du monde et je n’étais jamais autorisé à l’accompagner. Les livres étaient donc ma façon de voyager, de découvrir des mondes fantastiques, de faire de nouvelles expériences et aussi de me demander où il était allé. Ce que je me rappelle surtout de cette période, c’est que je voulais explorer alors que j’étais coincé dans ma chambre en fait, à la maison.

C.P. : Y a-t-il un petit peu de vous dans l’histoire et les personnages ?

S.E. : Le personnage principal me ressemble énormément par certains aspects. Quand j’étais enfant, j’avais énormément d’anxiété sociale, ce qui m’a, parfois, vraiment empêché d’interagir avec les autres. J’étais toujours inquiet à propos de comment j’allais pouvoir m’en sortir et j’avais souvent le sentiment de ne pas trouver ma place. J’ai mis beaucoup de tout ça dans le personnage de Cam en écrivant.

C.P. : et y a-t-il un petit peu de vous dans Cassia aussi, ou rien du tout ?

Cassia n’est pas comme moi. C’est un personnage beaucoup trop fort et qui a beaucoup trop de confiance en elle pour me ressembler. Mais Cassia s’inspire beaucoup d’une fillette que je connais, qui nous a dit qu’elle n’avait jamais vu un personnage comme elle dans la littérature ou dans les films. Cette enfant – Lizzie – souffre également de spina bidifa et donc l’idée de ce personnage vient d’elle, car elle voulait voir quelqu’un comme elle dans un livre. Et Cassia est tout à fait comme elle : courageuse, très aventureuse, amicale, elle sait parler aux gens, pas du tout comme moi !

C.P. : justement, on a beaucoup aimé ce personnage car, effectivement, c’est assez rare d’en croiser en littérature. Et l’autre point qui nous a plu, c’est qu’à un moment elle dit clairement à son frère qu’elle n’a pas besoin qu’il la répare et qu’elle se trouve très bien comme elle est.

S.E. : ça vient de Lizzie également qui a beaucoup de force de caractère, qui est joyeuse et dynamique. Elle est vraiment très inspirante. Il y a beaucoup de gens qui ne voient pas ça et en particulier Cam, le personnage principal, il – comme beaucoup d’autres gens d’ailleurs – ne comprend pas cela. C’est encore un enfant et il essaie absolument de l’aider, parfois contre son gré alors qu’elle est parfaitement à l’aise avec ce qu’elle est et qu’elle n’a pas besoin d’aide.

C.P. : pourquoi avez-vous choisi Jeanne d’Arc comme personnage ? C’est vrai qu’en France, on a l’habitude de cette figure historique, mais ça nous interpelle !

S.E. : j’aimais cette idée de personnalités historiques qui ont été retenues par l’hôtel et j’ai toujours admiré cette femme, sa force de caractère, tout du moins de ce que j’en sais, de ce que j’ai lu à son propos. Elle semble être puissante et c’est le genre de personnages avec du pouvoir que je voulais avoir au sein de l’hôtel. Cela faisait sens pour moi. Mais je dois avouer que j’ai peut être loupé certains détails avec une connotation française ici.

C.P. : oh non, cela passe très bien ! Y aura-t-il d’autres personnages historiques retenus dans l’hôtel et dont on n’aurait pas encore entendu parler ?

S.E. : Oui ! Il y a d’autres personnages historiques retenus dans l’hôtel. J’essaie de ne pas aller trop loin dans leurs descriptions par peur d’en dire quelque chose de faux. Je veux que leur présence parle d’elle-même, surtout quand ce sont des personnages issus d’autres pays, car il y a des détails, des façons de les appréhender que je pourrais ne pas saisir en tant qu’américain. Mais j’espère que leur présence crée quelque chose en plus pour le lecteur, qui pourra creuser de son côté. Des Easter Eggs en quelque sorte. Et il y en aura plus dans le tome 2 !
Je suis un peu surpris, car c’est vrai que mes lecteurs américains n’ont pas forcément fait le lien, donc c’est la première fois que j’ai une question à propos de sa présence dans le livre.

C.P. : on voulait aussi savoir comment les Femmes de Chambre étaient devenues ce terrifiant ordre de guerrières ? On ne s’y attendait pas !

S.E. : C’est à cause d’elle, de Jeanne d’Arc, mais ce sera un peu plus développé dans le tome 2. L’histoire sera là, mais de façon subtile, un peu cachée. Mais si vous savez ce que vous cherchez, vous découvrirez comment les femmes de chambres sont passées sous sa direction et pourquoi elle les dirige de cette manière. Fait amusant :  Jeanne d’Arc est appelé La Pucelle d’Orléans et en anglais, les mots « pucelle » et « femme de chambre » sont des homonymes, on utilise « maid ». Donc Jeanne d’Arc est parfois appelée « Maid of Orleans » (N.D.T : les appellations courantes étant Johan of Arc ou The Virgin). J’avais déjà décidé qu’elle serait la chef des femmes de chambre avant de trouver cette référence. La connexion entre ces deux mots en anglais m’a conforté dans cette idée.

C.P. : l’histoire est assez sombre tout de même. Pourquoi avez-vous inclus une partie sur les enfants issus de zones sinistrées, souvent de guerre ? C’est assez rare en fantasy jeunesse !

S.E. : j’étais en train de réfléchir à l’idée de comment on pourrait utiliser ce pouvoir. Si on avait le pouvoir de voyager vraiment rapidement partout dans le monde, comment l’utiliser pour faire le bien et comment l’utiliser de manière égoïste. Une manière de l’utiliser pour faire le bien serait de pouvoir sortir les gens de situations dont il est difficile de s’extraire. C’est un petit spoiler de comment on peut considérer l’hôtel, car c’est effectivement ce qu’il fait. Ce sont des années vraiment charnières pour mes jeunes lecteurs : elles déterminent beaucoup leur manière de voir le monde par la suite. Et là d’où je viens aux Etats-Unis, les jeunes sont protégés, bien à l’abri, presque surprotégés. Ils ne réalisent pas qu’il y a des gens partout dans le monde qui n’ont pas leur chance et que ce sont des êtres humains tout autant qu’eux. Le fait que ce genre de choses existe est évidemment très dur, mais il faut que les jeunes aient conscience de quoi est fait le monde, que nous sommes tous des êtres humains et que l’on vit dans des circonstances différentes. C’est important pour eux et leur développement.
Une dernière chose à ce propos. Un jour j’ai entendu quelqu’un dire que l’esclavage des enfants existait encore, et l’une de mes amies a répondu “je ne veux pas penser à ça, c’est trop dur”. Et ça m’a frappé car les enfants qui sont dans ce système n’ont pas l’opportunité ni le loisir d’oublier ça et de ne pas y penser. Je ne veux pas que les jeunes se disent “je ne veux pas penser à cela”.

C.P. : si vous ne deviez garder qu’une seule porte, vers une seule destination ?

S.E. : Hoo ! Humm… Est-ce que je peux répondre : “Paris” ?  (rires) Votre ville est si belle et il y a tellement de choses magnifiques à voir. Nous y avons rencontré des gens merveilleux !

C.P. : vous avez beaucoup parlé des pires façons de mourir dans ce roman ; quel serait votre top 3 ?

S.E. : Oh my… Ok ! Je vais vous lister 2 manières rigolotes et une sérieuse alors. Je pense au manque d’oxygène, à la noyade…

C.P. : humhum… et donc ça c’est la marrante ou la sérieuse ?

S.E. :  j’imagine que ce n’est pas rigolo du tout en fait ! (rires). Être envoyé en l’air sur une fusée, ça pourrait être terrible. Et la sérieuse serait de mourir seul, ça ce serait le pire.

C.P. : bon, mais ce n’est pas très marrant tout ça ! Coincé dans un casier peut être ?

S.E. : ha oui, coincé dans un casier. D’ailleurs ça m’est arrivé, je me suis enfermé dans un casier quand j’étais jeune. Pas un très petit casier, mais pas trop grand non plus !

C.P. : c’est déjà notre dernière question : avez-vous une date pour le tome 2 ?

S.E./ Lumen: pour le premier tome, la sortie américaine avait eu lieu quelques jours avant la sortie française donc j’imagine que ce sera pareil pour celui-ci. L’écriture est finie, nous sommes en révision ! Si tout va bien, ce sera à l’automne 2019 pour la version française.

C.P. : Eh bien merci beaucoup Sean Easley, et à bientôt !

 

Par Coralie et Oihana.

A propos Oihana 542 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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