Le jour où mon père a disparu : militantisme, vacances et secrets de famille !

ROMAN D’AVENTURE JEUNESSE — Benoît Séverac est un habitué des littératures noires et policières, pour les adultes comme pour la jeunesse. Il y a quatre ans, nous avions d’ailleurs lu son très beau texte Little Sister, qui évoquait le terrorisme. Et on peut dire qu’il file le thème dans Le jour où mon père a disparu, puisque celui-ci est à nouveau présent en filigrane.

Ça aurait dû être le plus bel été de la vie d’Étienne. Imaginez un peu, entamer juillet avec le brevet des collèges en poche, et les félicitations du conseil de classe ! Voilà qui annonce un été radieux, non ? De quoi oublier, même, que pour une raison inconnue, ses parents et lui sont depuis toujours mis au ban par le village, traités comme des pestiférés. C’est d’autant plus étrange que ses parents ont toujours prôné la tolérance et l’ouverture d’esprit. Ils ont bien milité, dans leur jeunesse, au sein du Front de libération occitane, mais dans la région, c’est plutôt un motif de fierté que d’opprobre. Or, un beau matin de cet été prometteur, le père d’Étienne disparaît. Sa mère semble savoir des choses, mais ne veut rien dire, hormis que son mari a dû “s’éloigner”. Parallèlement, un ancien militant du FLO – condamné pour le meurtre d’un gendarme – s’évade de prison. Au village, certains s’en réjouissent mais voilà qu’il se murmure que Pierre, le père d’Étienne, a causé la mise à l’ombre de l’évadé. Ce n’est pas bon pour son matricule…

L’intrigue du roman démarre très vite, car la disparition du père d’Étienne intervient dès les premières pages. On suit donc d’emblée le jeune homme dans sa quête de réponses, vissé sur son scooter et arpentant les routes brûlantes de l’Aude.
Sa mère est muette, les grands-parents guère plus loquaces… et le village bruisse de rumeurs. Peu à peu, il déterre les non-dits et met au jour les petits secrets de famille. Car oui, ses parents lui ont caché bien des choses ! Et s’il y a un secret intime, l’autre est nettement plus politisé.

Car enfin, le FLO, s’il était pacifiste dans ses débuts, a rapidement rejoint ses voisins corses et basques dans la lutte armée et les actions controversées. Etienne a bien grandi baigné dans des idées nationalistes, convictions parentales obligent, mais sans vraiment s’y intéresser, ni sans trop se pencher sur l’histoire du mouvement militant occitan – dont, de fait, on parle assez peu dans les média, contrairement aux mouvements voisins. Aussi tombe-t-il un peu des nues devant certaines révélations. Cet ancrage réaliste donne un véritable cachet au roman et le rend d’autant plus prenant.

Le récit est, par ailleurs, mené à la perfection : si Étienne découvre très rapidement une partie du pot-aux-roses, les révélations s’égrènent jusqu’aux dernières pages. Mieux : l’auteur a parfaitement intriqué ensemble les deux parties du secret pour en faire quelque chose d’énorme. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi un roman de vacances. Et qui dit vacances dit ? Amourettes, bien sûr ! Sur la côte basque et un surf, s’il vous plaît. Là aussi, l’auteur mène sa barque avec talent : non seulement c’est crédible et exempt de cliché, mais cela amène en sus une petite bouffée d’air frais au milieu d’un roman à l’atmosphère pesante.
Car la tension dramatique est elle aussi au rendez-vous : certes, ce sont les vacances d’été avec ce qu’on y attend de fêtes. Certes, on entend quasiment les grillons si on tend bien l’oreille en pleine lecture. Mais le sujet fait que l’angoisse est latente. Et l’auteur s’en sert à dessein, dosant ses effets et offrant quelques scènes particulièrement prenantes, notamment sur la fin où elles deviennent carrément haletantes. Bref : c’est un vrai page-turner et il est difficile de s’arrêter en fin de chapitre.

Benoît Séverac signe là un nouveau roman ado qui flirte avec polar et roman d’aventure. Il nous embarque sur les traces d’Étienne et de sa folle quête de réponses, sur fond d’histoire locale et de – gros – secrets de famille, dans un récit particulièrement bien ficelé et qu’il est difficile de lâcher !

Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac. Syros, janvier 2020. 

A propos Oihana 711 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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