
FANTASY — Adoubé par Brandon Sanderson himself, Robert Jackson Bennett débute avec Les Maîtres enlumineurs une trilogie fantasy de haute volée : nous sortons de ce premier volume absolument conquis !
La ville de Tevanne est une zone de non-droits où règnent quatre maisons marchandes retranchées derrière leurs murs, qui laissent la plèbe s’entredéchirer en dehors de leurs enceintes dans un quartier sordide appelé les Communes. Tevanne doit sa richesse à un système magique complexe appelé l’enluminure : en très gros, ça consiste à persuader un objet de faire ce que vous voulez. Sancia est une jeune voleuse qui vit dans les Communes. Elle a le don insolite de pouvoir faire parler les objets, qui lui chuchotent leur passé à l’oreille. Un jour, un de ses forfaits tourne mal : là voilà avec un dangereux artefact entre les mains, que certains sont prêts à tuer pour récupérer… Sancia ne pourra pas se cacher !
Autant le dire tout de suite : c’était très chouette. Le rythme est intense, ponctué de rebondissements, sans temps mort : du divertissement avec un D majuscule. De l’action, des enjeux cruciaux, des lieux hautement visuels, un univers ultra fécond : ça fonctionne absolument. Les personnages sont attachants, à commencer par Sancia, au passé mystérieux et difficile, dont la gouaille et la débrouillardise rappelle la Widdershins d’Ari Marmell, pour ceux qui connaissent. À ces côtés, quelques esprits brillants (et parfois orduriers), et le délicieusement épris de justice Gregor Dandolo, sans compter l’artefact mystérieux lui-même, qui prend la parole et fait ses commentaires à l’oreille d’une Sancia d’abord perplexe, mais qui ne tarde pas à saisir le potentiel de son nouvel ami. Enfin, on aime aussi le passé légendaire esquissé par l’auteur qui, de par ses nombreux mystères, ne peut qu’appâter le lecteur…
Il faut dire que ce fameux historique mystérieux de l’art de l’enluminure amène de nombreuses questions, notamment philosophiques. L’auteur brosse d’ailleurs un portrait terrible et odieux de l’esclavage, de la réification implacable qu’entraîne cet asservissement. Des individus transformés en possession, des objets dotés d’une personnalité humaine : l’auteur brouille les lignes et trace une ligne de transgression hautement intéressante, qui donne beaucoup de profondeur au récit.
Nous suivrons la suite de la trilogie avec grand intérêt !
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