In carna : fragments de grossesse

In carna, Caroline Hinault

MATERNITÉ — C’est marrant. Un fois que l’on est passé par l’épreuve de la maternité et de l’accouchement, on se découvre souvent une passion pour le sujet. Je pourrais désormais passer des heures à parler échographie, péridurale, épisiotomie, coliques du nourrisson. Il en faut peu pour me lancer : le sujet me passionne. Et je sais que c’est également le cas de beaucoup de mères.

Aussi, je me suis d’emblée intéressée au livre de Caroline Hinault, In carna, qui se présente comme le récit des grossesses de l’autrice, doublé d’une réflexion profonde et érudite sur le sujet : le corps qui se métamorphose, la place de la femme enceinte au sein du couple, du groupe social, de la société au sens large. Caroline Hinault parle aussi bien de l’attente terrible avant, l’attente teintée d’angoisse et d’anticipation pendant que du maelström physique et psychologique de la naissance. Sont évoqués les peurs, les attentes, les petits maux de la grossesse, l’impudeur des examens, la violence de l’accouchement.

L’approche est étonnante, entre introspection et sociologie, entre journal intime et réflexion philosophique et littéraire mais le résultat est indéniable : certaines phrases m’ont semblé si vraies, si juste que j’aurais voulu les surligner, les encadrer même, prouvant ainsi l’universalité de cette expérience que nous sommes nombreuses à vivre un jour. L’émotion fut donc au rendez-vous. Et pourtant, le livre se fait parfois plus distant, plus froid, plus clinique, en disséquant une image de la maternité à travers la littérature, la philosophie, le féminisme. C’est donc un livre très complet, puisqu’il aborde également la question des grossesses suivantes, la maternité sortie de la sphère directe de la gestation et de l’enfantement. C’est ce que les anglo-saxons appelleraient de la « food for thought« , le récit est si riche qu’il faut parfois du temps pour le digérer, mais le cheminement qu’il nous fait emprunter est passionnant.

C’est un livre qu’on peut lire dans la lignée du Linea Nigra de Sophie Adriansen, à la fois semblable de part les thèmes abordés mais également très différent, de part la forme. Les deux livres sont, d’une certaine manière, complémentaires. Ils dressent tous deux un portrait de la maternité assez complet, qui peut effrayer les nulligestes et émouvoir les multipares, mais qui sera, dans un cas comme dans l’autre, source d’une intense réflexion.

In carna, Caroline Hinault. Le Rouergue, 2022.

A propos Emily Costecalde 942 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.