Le Voyage de Simon Morley : magistral !

Le Voyage de Simon Morley

SCIENCE-FICTION — Le voyage dans le temps, c’est mon dada, c’est quelque chose que j’aime depuis que j’ai vu Retour vers le futur quand j’étais enfant. J’étais très curieuse de découvrir Le Voyage de Simon Morley qui décrit une manière de voyager dans le temps très différente, sans DeLorean…

En effet, dans ce roman, pour voyager dans le temps, c’est avant tout une question de conditionnement et de mental. En vous mettant dans l’ambiance d’une époque, en y croyant très très fort, vous pouvez espérer traverser. L’idée est loufouque, bien sûr. Quand Simon Morley, un jeune « mad man » des années 70, est approché par un agent du gouvernement qui lui propose ce projet complètement dément, il est assez incrédule. Pourtant, il sera le premier homme à réussir : en vivant au Dakota, le célèbre building devant lequel John Lennon a été assassiné (NB : le roman ayant été écrit dix ans avant ce meurtre, l’immeuble n’a pas cette aura si particulière qu’on lui prête aujourd’hui), un bâtiment resté dans son jus depuis la fin du XIXe siècle, Simon vit quelques jours enfermé dans cet appartement comme un homme de 1882. Et vient un moment où, quand il sort de l’immeuble, il découvre que les calèches et les traineaux ont remplacé les automobiles…

Ce roman est magistral : il combine des scènes haletantes à de magnifiques considération sur le temps qui passe, l’histoire qui se déroule, l’humanité qui se transforme. Il a tout pour plaire, et même s’il a été écrit il y a cinquante ans, il n’est étonnamment pas désuet. Bien sûr, c’est assez drôle : le présent de Simon est, pour nous, un passé déjà un peu lointain. Parfois, on a même le réflexe de songer « ah mais pourquoi ne google-t-il pas ça ? » avant de se rappeler que non, ce n’est décidément pas possible.

Simon, comme tout bon voyageur dans le temps qui se respecte, va s’attacher aux gens de l’époque qu’il visite et va être tenté d’interférer. La manière dont les auteurs pensent les possibilités d’interférences ou non est fascinante : dans Retour vers le futur, souvenez-vous, vous pouviez vous auto-effacer de l’existence. Dans Les Chroniques de St Mary, l’Histoire vous empêche de le faire : vous vous apprêtez à effectuer un changement et paf, vous vous prenez un piano sur la tronche. Jack Finney est plutôt de l’école Zemeckis : Simon peut bien tout changer et la fin, ma fois, est en ce sens absolument magistrale et parfaite.

J’ai été profondément touchée par les magnifiques lignes que l’auteur consacre à la description d’un New York aujourd’hui disparu depuis longtemps, d’une époque à la fois proche et lointaine. La manière dont il réfléchit à l’évolution des moeurs, de la vie est émouvante. On sent un profond pessimiste de l’auteur pour le monde qu’il connait en 1970 : il pressent la montée de l’individualisme, la destruction des ressources. 1882 apparaît presque comme un âge d’or. Presque : l’auteur n’est pas naïf et sait que c’était une époque difficile. Pas de manichéisme entre un idyllique XIXe siècle et un XXe siècle dépravé : il montre la misère, le danger, la médecine balbutiante, la condition des femmes en 1882. Quant au temps qui passe, et au voyage dans le temps en lui-même, Jack Finney leur consacre des phrases comme autant de flèches qui frappent la cible en plein coeur : c’est percutant, ça pousse à réfléchir. C’est juste beau.

Voilà donc un excellent roman, qui plaira aux amateurs de voyage dans le temps, à ceux qui, comme moi, aiment aussi New York, et enfin, à tous les férus de romans historiques. N’hésitez pas : foncez !

Le Voyage de Simon Morley, Jack Finney. Folio, novembre 2017. Traduit par Hélène Collon.

A propos Emily Costecalde 1008 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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