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A Silent Voice : manga & handicap !

A Silent voice, Yoshitoki Oima, Ki-oon

Yoshitoki Oima n’a que 18 ans lorsqu’elle participe à un concours jeunes auteurs organisé par Kodansha, une des plus grosses maisons d’édition japonaise qui publie romans et manga. Et son manga, A Silent Voice, une œuvre aux thématiques singulières et difficiles, remporte le premier prix ! La série comporte 7 tomes, et a été primée parmi les meilleures séries 2014 au Japon.
L’édition française du premier volume se fait ce mois-ci chez Ki-oon, le tome 2 au mois de mars.

 Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance ; même équipée d’un appareil auditif, elle peine à suivre les conversations, mais suit tout de même un cursus scolaire aussi normal que possible. Mais ses camarades ne sont pas des plus tendres avec elle, ce qui l’oblige à changer régulièrement d’école.

Après un nouveau transfert, Shoko s’investit à fond dans son nouvel établissement, et fait autant d’efforts que possible pour s’intégrer dans sa classe. Celle-ci se réunit autour d’un garçon énergique et casse-cou, Shoya Ishida. D’abord intrigué par Shoko, il va tenter de déterminer son degré de handicap en menant diverses expériences. Rapidement agacé par l’inertie de la jeune fille, les expériences blessantes se transforment rapidement en brimades de plus en plus violentes, avec l’approbation de ses camarades.

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A Silent Voice est un manga au sujet extrêmement intéressant, puisqu’il y est question de handicap (ici la surdité), mais surtout des brimades scolaires, qui seront traitées avec application. L’imagination néfaste de Shoya Ishida est sans limites, et la passivité de ses camarades et professeurs tout aussi démesurée. Et ce qui est intéressant, ici, c’est l’angle qu’a choisi Yoshitoki Oima pour parler de ces brimades : l’histoire n’est pas celle de Shoko, enfant maltraitée qui trouve le courage de se rebeller… mais celle de Shoya, son bourreau, qui invente mille et une manières de lui rendre la vie impossible. Alors, qu’on se rassure, A Silent Voice n’est pas seulement le catalogue des pires tortures qu’on puisse infliger à un autre enfant : c’est plutôt le parcours un peu chaotique d’un enfant qui ne connaît pas les limites (et qu’on laisse faire), et qui va finalement se heurter à sa propre conscience.
Car, évidemment, l’histoire ne continue pas sur sa lancée jusqu’au bout. Shoya va commettre la brimade de trop, celle qui va provoquer une plainte de la mère de Shoko – qui change à nouveau d’école. Et là, la classe que l’on pensait silencieuse et complice, va achever de se retourner contre son ex-leader, le désigner comme responsable, et l’exclure définitivement des petits cercles qu’il aurait pu fréquenter. La prise de conscience de Shoya va être pour le moins brutale, et il va remâcher son erreur toute sa jeunesse – ses camarades lui faisant payer chèrement son attitude de l’époque et bien réfléchir à ses erreurs.

Ce premier volume prend la forme d’une longue analepse. Le manga s’ouvre sur la rencontre de Shoko et Shoya alors que celui-ci est au lycée ; celle-ci s’enfuyant en comprenant à qui elle a affaire, on plonge dans le passé pour découvrir le lourd passif qu’ont les deux adolescents. Au vu de la rencontre qui ouvre le roman, on est donc très curieux de savoir ce qu’il s’est passé six ans plus tôt. Et c’est avec une certaine horreur que l’on découvre l’attitude de Shoya, tout comme celle de la classe ou des professeurs. Car, jusqu’à la plainte, personne ne bouge réellement pour dénoncer ce qui se produit, alors que tout le monde le sait ; c’est une bonne façon de montrer que le bourreau n’est pas le seul responsable, et que l’inaction est tout aussi condamnable.

Le trait de Yoshitoki Oima est doux ou anguleux, suivant les moments, et toujours très fouillé : les visages sont particulièrement expressifs (notamment celui de Shoko, dont on lit les émotions directement sur la figure), et l’histoire ne manque pas de scènes touchantes.
Si ce premier volume est essentiellement un tome d’exposition, on attend avec impatience de savoir ce que donnera cette nouvelle rencontre entre les deux adolescents.

A Silent Voice est donc une série au sujet difficile, mais traité avec talent : le ton est juste, et l’histoire très prenante ; tour à tour, on est ému, amusé, ou bien révolté par les péripéties. Mais le plus important, c’est que Yoshitoki Oima montre la prise de conscience de son personnage. Aussi désagréable et odieux soit-il, on finit par compatir avec lui. Vraiment, voilà une série qui démarre en beauté, et qu’on ne saurait que recommander !

A Silent Voice, tome 1, Yoshitoki Oima. Ki-oon (Shonen), 22 janvier 2015. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.

Par Oihana

A propos Oihana (459 Articles)
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

2 Commentaires le A Silent Voice : manga & handicap !

  1. Cet article me donne vraiment envie. J’aime les séries courtes, qui sortent des sentiers battus. Bon normalement je ne dois pas acheter de livre, mais je vais peut-être faire une exception !

  2. Le premier tome vaut vraiment le coup ! J’ai déjà hâte de lire la suite.

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