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The Ones : on reste sur notre faim

DYSTOPIE — Avec The Ones, la collection New Way d’Hugo & Cie innove, en proposant à leurs lecteurs quelque chose d’assez différent des romans qu’ils ont publié jusque là : un thriller dystopique. Porté par un marketing appuyé, ce livre vanté par la maison d’édition comme une « bombe » arrive en librairie le 6 octobre. Nous avons eu l’occasion de le lire : voici notre verdict.

Dans le monde de The Ones, 1% des bébés ont été sélectionnés à la naissance et modifiés génétiquement, pour les rendre plus beaux, talentueux, intelligents, endurants… Des surhommes, en bref. On les appelle les Ones. Mais une vingtaine d’années après la naissance des premiers bébés génétiquement modifiés, un fait divers en apparence anodin met en lumière l’injustice du processus. L’opinion publique se cabre, et commence à pointer du doigt ce qu’elle considère être un avantage injuste : de fil en aiguille, un mouvement politique s’empare de ce sujet de société et grimpe dans les sondages. Le buzz monte jusqu’à ce que les Ones deviennent tout bonnement illégaux. Le roman s’intéresse tout particulièrement à deux d’entre eux, Cody et James. Si ce dernier est plus modéré, et plus conciliant, Cody, elle, est révoltée, et prête à tout pour défendre les droits des Ones : même à la violence, même à la terreur.

S’intéressant à la question de l’eugénisme, et aux dérives que cela peut entraîner, à la justice et au terrorisme, The Ones s’attaque à un sujet vaste, idéal pour servir de base à une dystopie. C’est à la fois très actuel, et plutôt crédible. En somme, le roman a tout pour plaire. Seulement voilà : The Ones ne fait que trois cents pages, mais il s’y passe somme toute beaucoup de choses en peu de temps. Le lecteur pourra être surpris et rester sur sa faim, car le setting reste plutôt sommaire, de même que la mise en place des personnages. Le lecteur reste donc en marge du récit et peine à s’identifier aux personnages : Cody évoque plus la petite fille pourrie gâtée qui ne réfléchit pas assez qu’une héroïne qu’on a envie de suivre (même si l’auteur prend bien soin de nous expliquer qu’elle vient d’un milieu plutôt défavorisé) et James manque singulièrement de charisme. Quant aux personnages secondaires, ils sont à peine brossés. Résultat, tout va trop vite, et le résultat final sonne quelque peu bancal. Les idées de Daniel Sweren-Becker étaient bonnes, et extrêmement prometteuses, mais la réalisation laisse à désirer.

The Ones, Daniel Sweren-Becker, Hugo New Way

En revanche, il est intéressant de voir comment Cody se fait embrigader : l’auteur montre plutôt bien comment la jeune fille est recrutée par un groupe prêt à se révolter, arme au poing, contre le mouvement Égalité, et la manière progressive dont elle se laisse convaincre de basculer vers le terrorisme. Ce qui lui arrive quand elle se fait attraper est aussi bien écrit : le prologue nous transporte dans les geôles du gouvernement qu’une sorte de Patriot Act dystopique transforme en chambre de torture pour les Ones et leurs sympathisants. Daniel Sweren-Becker arrive à rendre de manière efficace la terreur et la tension de ces moments.

Notre avis peut sembler un peu sévère : il s’agit, après tout, d’un premier roman. Daniel Sweren-Becker se révélera peut-être par la suite car ses idées sont bonnes et méritent d’être creusées… mais on est loin de la « bombe » décrite par la maison d’édition. Dommage.

The Ones, Daniel Sweren-Becker. Hugo & Cie New Way, 6 octobre 2016. Traduit de l’anglais par Benjamin Kuntzer.

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