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Seules les bêtes, un roman noir qui mérite le détour !

ROMAN NOIR — Dans un petit village paysan, une femme sans histoire a mystérieusement disparu en orée de la forêt, dans un coin très dangereux. La police est sur le coup mais ignore par où commencer tendis que quelques personnes, contre toute attente, semblent en savoir bien plus sur cette disparition que ce qu’elles veulent bien avouer aux autorités.

Il y a Alice, la femme délaissée par son mari qui a pris un amant. Il y a Joseph, l’amant en question, un homme étrange décidé à cacher un lourd secret. Il y a encore Maribé, une femme tombée éperdument amoureuse de la disparue et convaincue qu’elle est responsable. Et puis il y a les autres, tous ceux qui ont contribuer sans le vouloir à la perte d’Evelyne. Alors, chacun à leur tour, ces personnages vont conter leur version de l’histoire et leur propre responsabilité au sein de cette histoire qui ira bien plus loin que tout ce que l’on peut envisager au coeur d’un petit village. Et peu à peu, un tableau va se former pour tenter de retrouver Evelyne, un tableau bien différent d’une simple disparition commune.

L’an dernier, Colin Niel avait reçu un prix pour son précédant roman et pas n’importe lequel… le prix Quais du Polar. En vue de sa présence à la nouvelle édition du salon, il était primordial de découvrir, enfin, son univers et quelle découverte ! Quand on dit polar ou thriller on pense à un flic qui va remuer ciel et terre pour retrouver un coupable où à un personnage lambda qui va se retrouver au coeur de l’horreur. Ici, ni l’un ni l’autre mais plutôt une place d’inspecteur pour le lecteur écoutant les aveux des uns et des autres pour mieux comprendre une disparition étrange et se mettre à la place de chacun. Car ici l’écriture est étonnante entre point de vues très distincts où le lecteur est invité à oublier le chapitre précédent et une évolution certaine où chaque nouveau témoignage apporte quelque chose en plus au précédant à l’image d’une broderie qui se fait petit à petit où plutôt à l’image d’un chant polyphonique où chacun à son importance mais où c’est l’ensemble qui importe. Si vous recherchez un polar classique, passez votre chemin. En effet, ici, l’auteur offre quelque chose de tout à fait atypique et bien loin du polar traditionnel sans être toutefois un roman de littérature générale. Le roman noir serait peut-être ce qui se rapprocherait le plus mais cette intrigue reste malgré tout hors genre et cela fait du bien pour une plongée dans un univers qui change.

Seules les bêtes, Colin Niel, Le Rouergue

Concernant les personnages, nous pouvons dire que l’auteur ratisse large en passant de la femme en mal d’attention au délinquant du net en passant par la femme amoureuse culpabilisant et l’homme contraint au secret. L’auteur sait malgré tout nous les faire aimer tous autant qu’ils sont, nous les faire comprendre mais surtout nous plonger dans leur regard avec talent. Le style de l’auteur est très différent de tout ce que l’on pourrait attendre mais est plus qu’intéressant avec un juste dosage entre une intrigue et des récits de vies. La polyphonie est prenante et bien que ce soit peu à peu que le lecteur se laisse prendre à l’histoire et à son caractère addictif il faut reconnaître la force littéraire de cette plume où tout se mêle. Il est des romans comme ça que vous commencez sans attente particulière mais dans le but d’un salon par exemple et duquel vous ressortez charmés car vous avez découvert quelque chose d’étonnant et de différent où les personnages, plus que le mystère, font l’histoire avec une multiplication de points de vues qui fait réfléchir sur les réalités qui s’imbriquent et où chacun a la sienne.

Un roman qui en surprendra plus d’un mais qui mérite le détour pour un auteur dont il sera intéressant de découvrir un autre texte dans un genre différent.

Seules les bêtes, Colin Niel. Le Rouergue, janvier 2017.

Par Ségolène

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