La Nouvelle-Orléans, son quartier français et… ses sorcières.

Au mois d’août, Café Powell se met aux couleurs de la Nouvelle-Orléans et vous propose de vous faire découvrir la ville, par le meilleur… et par le pire.

Point de voyage extravagant, puisqu’on va parler d’une série américaine pour ados, dont deux des quatre tomes sont parus à ce jour en français : Balefire, la tétralogie sorcière de Cate Tiernan qui, malheureusement, vous fera fort peu voyager, si ce n’est dans les méandres d’une intrigue à périr d’ennui.

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                                          Couverture US de l’omnibus

Balefire, donc, servira à illustrer le pire de la Nouvelle-Orléans : non pas parce qu’il serait un guide touristique déplorable – c’est un roman, on ne lui demande pas de nous lister les meilleurs bons plans de la ville, après tout – mais bien parce que l’intrigue est insipide, et les personnages fades à souhait.
La littérature ado semble, de nos jours, se complaire dans des intrigues édulcorées, où les sentiments prennent le pas sur l’action, et la réflexion. Balefire ne fait pas exception à la règle, malheureusement, et c’est bien dommage. Jugez plutôt : on suit les aventures de Thaïs, lycéenne tout ce qu’il y a de plus normal (mis à part un prénom bien exotique). Frappée par un coup du sort, elle se retrouve orpheline, son père décédant subitement (sa mère était décédée à sa naissance). S’attendant à être recueillie par sa très sympathique et vieille voisine, c’est en toute confiance que Thaïs se rend au tribunal… et se voit attribuée à une certaine Axelle, inconnue au bataillon, sapée comme un vampire en goguette échappé d’Underworld et qui, par-dessus le marché, l’embarque à la Nouvelle-Orléans, loin, très loin de ses fraîches contrées montagneuses. Là, Thaïs doit se rendre à l’évidence : sa charmante et excentrique tutrice trempe manifestement dans de sombres affaires, passe son temps à refaire le monde avec d’infréquentables (mais beaux gosses) camarades et se désintéresse de sa scolarité. Qu’à cela ne tienne, Thaïs se débrouillera seule. Armée de son mini-short (car il fait très chaud à La Nouvelle-Orléans, comme ne manque pas de le rappeler  l’auteur, à grands renforts de mini-jupes, de longues jambes fuselées et bronzées, et de tee-shirts mouillés) et de son innocence, Thaïs débarque au lycée… et découvre son parfait sosie, qui n’est autre que sa sœur jumelle, Clio, dont elle a été séparée à la naissance. Petit détail non négligeable : Clio, comme sa grand-mère, sa voisine, sa meilleure amie, Axelle et ses copains dealers… est une sorcière wicca. Et Thaïs aussi, de fait, bien que tout cela lui fasse très moyennement plaisir.

couv-française-balefireCouverture française

On pourrait donc s’attendre à ce que la suite soit le laborieux mais fructueux apprentissage de Thaïs en matière de sortilèges, enchantements et autres danses dans le plus simple appareil, au milieu des bois, sous la lueur de la lune. Mais non. Non seulement cet ultime cliché manque à l’appel (déception !) mais, en plus, il est fort peu (bien trop peu) question de magie là-dedans.

L’intrigue se concentre plutôt sur… les histoires de cœur des deux jumelles. L’une est présentée comme une débauchée amorale qui saute sur tout ce qui bouge, l’autre comme une puritaine romantique d’une niaiserie intersidérale. Évidemment, elles s’amourachent du même garçon qui jure ses grands dieux qu’il n’avait jamais remarqué combien les deux jumelles (en tous points identiques, rappelons-le) se ressemblaient : on vous l’a dit, le soleil cogne très fort à La Nouvelle-Orléans.

Parlons d’ailleurs de la ville. Grâce à Balefire, vous n’ignorerez plus rien du Vieux Carré, aussi connu sous le nom de quartier français. Mais tout ce que vous en saurez, c’est qu’il est bruyant (très bruyant), bourré de touristes (français, bien sûr, les autres n’ayant manifestement pas droit de cité) et relativement malodorant. Et qu’il y fait chaud, aussi. Mis à part cela : mystère. Point de crocodiles, pas de tramways nommés Désir, et seul un petit bout de marais antique et mystérieux qui pointe de temps en temps le bout de son bayou. Pas même une petite sorcière malintentionnée de derrière les fagots. Si vous vouliez voyager, c’est raté.
On retiendra de cette série, en somme, qu’à La Nouvelle-Orléans, il y a des gens qui lancent des sorts qui se veulent alambiqués dans un vieux français de cuisine, font boire du vin rouge à leurs ados parce que « En France, c’est la tradition » (et je n’invente rien, c’est écrit noir sur blanc), se baladent à moitié nus parce que bon, quand même, il fait un peu chaud, ou alors en tenue de cuir intégrale (voir Axelle qui, apparemment, est insensible à la chaleur) et passent leur vie à traîner leurs savates dans un Vieux Carré emblématique et à l’atmosphère très prenante (seul point positif de la série, à dire vrai), les autres quartiers n’existant manifestement pas du tout.
Alors, découvrir La Nouvelle-Orléans par les arts (littérature, cinéma, photographies), est-ce possible ? Oui, très certainement ! Mais pas avec Balefire, non.

Balefire, Cate Tiernan. MsK, 2013.

Par Oihana

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A propos Emily Costecalde 664 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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