Effacée, une dystopie effrayante

A seize ans, Kyla est une ardoise vierge : elle n’a aucun souvenir et une personnalité à refaçonner. Dans l’Angleterre de demain, les jeunes criminels sont effacés : leur mémoire, leurs goûts, ce qui constituait leur être, tout cela n’existe plus. Les adolescents doivent tout réapprendre, se nourrir, parler, marcher, écrire, les règles sociales…Jusqu’à l’âge adulte, un étrange bracelet fixé à leur bras contrôle leurs émotions : en cas de panique, de colère, voire de violence, les adolescents s’évanouissent, neutralisés. Kyla vient d’arriver dans sa nouvelle famille et doit se faire à sa nouvelle vie. Mais au fond d’elle-même, la jeune fille doute : quel crime a-t-elle commis pour mériter un tel sort ? Bien rapidement, Kyla se rend compte qu’elle n’a pas les mêmes réactions sur les autres effacés qu’elle rencontre : elle pose des questions, assimile plus vite que les autres, et est surtout hantée par des cauchemars récurrents, d’un réalisme tel qu’elle se demande s’il ne s’agit pas, au fond…de souvenirs. La jeune fille est alors en danger. Car, après seize ans, on ne peut plus être effacé. Et qui sait ce que réserve le gouvernement aux jeunes qui posent trop de questions ?

Dystopie qui fait froid dans le dos, Effacée pousse la quête d’identité propre à l’adolescence à son paroxysme : Kyla cherche au propre, comme au figuré, qui elle est, et ce qu’elle veut devenir. Kyla a le courage de remettre en question ce que les adultes la forcent à tenir pour vrai. Elle sait pourtant que c’est dangereux, et qu’elle ne devrait pas être en mesure de remettre en question les règles de la société. Pourtant, elle ne parvient à rester l’imbécile heureuse que ses parents aimeraient qu’elle soit. Au fur et à mesure, des souvenirs refont surface et Kyla s’interroge de plus en plus sur son passé, et sur les disparitions d’élèves de plus en plus inquiétantes. Intègre et bienveillante, la jeune fille se demande si elle a vraiment été une terroriste ou une criminelle dans une autre vie. Et même si c’était le cas, cela justifie-t-il un sort aussi difficile ?

Car le gouvernement pense qu’effacer les criminels est un acte de bonté, leur donnant ainsi une deuxième chance, et l’opportunité de vivre en harmonie avec la société, sans remords, ni honte. Mais l’acte est d’une violence inouïe : on prive l’individu de sa personnalité, de ses souvenirs, de tout ce qui constituait sa vie d’avant, proches compris, puisque l’adolescent effacé rejoint une nouvelle famille. L’ancienne Kyla est enfermée au sein de sa propre tête. L’intrigue est bien ficelée, et appelle à la réflexion. Le lecteur apprend au fur et à mesure que la jeunesse, du fait de son dynamisme et son impétuosité, a effrayé les gouvernements passés. Si dans Battle royale, la société a décidé de pousser les jeunes à s’entretuer, dans Effacée, elle a préféré les neutraliser au moindre signe de rébellion. Teri Terry signe ainsi le premier tome d’une nouvelle série prometteuse, que l’on suivra avec attention.

Effacée, Teri Terry. La Martinière jeunesse, septembre 2013. Rentrée littéraire jeunesse.

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 780 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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