Tombez sous le charme de Celle qui sentait venir l’orage

Celle qui sentait venir l'orage, Yves Grevet, Syros

Une couverture qui attire le regard, un titre mystérieux, un nom réputé dans le milieu de la fiction jeunesse… le dernier roman d’Yves Grevet, Celle qui sentait venir l’orage a tout pour plaire. Et cela se confirme à la lecture !

Yves Grevet nous entraîne dans l’Italie de la fin du XIXe siècle. Frida, une adolescente de seize ans, vivait il y a peu encore dans les marais avec ses parents. Mais son destin s’est emballé quand ses parents sont arrêtés, jugés, et condamnés à mort lors d’un procès très médiatisé. Contrainte de fuir pour éviter de partager leur sort, la jeune fille doit commencer une nouvelle vie dans la demeure du docteur Grüber, un psychiatre connu pour s’intéresser de près aux penchants criminels. Pour la jeune Frida, qui espère enfin être en sécurité et pouvoir oublier les drames qu’elle a vécu, commence pourtant une nouvelle épreuve, plus insidieuse et tout aussi dangereuse.

Frida n’a connu dans sa vie que le mépris, la méfiance et la violence de ses pairs : en dehors de ses parents, et de quelques rares individus,  on l’a toujours considérée comme une paria, une mauvaise herbe à arracher. Son père, en effet, a la réputation d’être un homme maléfique, un véritable démon qui entraîne les voyageurs imprudents dans les marais pour les dépouiller et les noyer. C’est d’ailleurs le chef d’accusation qui provoquera sa mort.

Celle qui sentait venir l'orage, Yves Grevet, Syros

Frida, elle, n’a pas été directement inquiétée par la justice, mais la foule, à la limite de l’hystérie, aurait tout aussi bien pu la lyncher sur place. La voilà obligée de s’installer à Bologne, chez un inconnu, sur les conseils des parents de sa seule amie. Dès les premiers jours, le malaise s’installe : le lecteur comprend avant Frida que le docteur Grüber a pour elle des projets qui n’ont rien de bienveillants. Le psychiatre voit en effet en Frida le sujet d’étude idéal : fille de criminels, elle lui servira, à lui et à ses acolytes, à étayer leurs vues sur l’hérédité des comportements criminels. Frida a beau faire de son mieux pour s’adapter à cette nouvelle maisonnée, chacun de ses gestes est interprété de travers, et apporte de l’eau au moulin de Grüber. Ainsi, lorsque le docteur exige de l’examiner et lui demande pour cela de se dénuder, la jeune fille obtempère pour ne pas le contrarier, et paraître alors ingrate. Plus tard, cette bonne volonté sera perçue comme un manque total de pudeur, un détail qui, selon le docteur, rapproche Frida de la bête et l’éloigne du genre humain, rien que cela !

Inutile de dire que les recherches de Grüber, ainsi que les moyens qu’il est prêt à mettre en place pour appuyer ses dires, font froid dans le dos. Le danger, d’abord latent, se précise rapidement pour la jeune fille. Yves Grevet sait parfaitement doser la tension qui règne entre les pages. Le besoin de voir Frida s’enfuir se fait de plus en plus pressant… Notre pauvre héroïne apprend une nouvelle fois à ses dépends à quel point le monde peut être cruel. Heureusement, elle saura également se trouver des alliés. Le récit, d’horrifique, se transforme alors en enquête des plus palpitantes…

Difficile de ne pas tomber sous le charme de Celle qui sentait venir l’orage : le roman, diablement efficace, nous entraîne dans l’Italie d’antan aux côtés d’une héroïne touchante dans sa quête de vérité.

Celle qui sentait venir l’orage, Yves Grevet. Syros, 2015.

A propos Emily Costecalde 648 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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