Une pluie sans fin, du post-apo de premier plan !

Une pluie sans fin, Michael Farris Smith, Super 8

Le post-apocalyptique a le vent en poupe : inutile de le nier, c’est un genre qui plait énormément en ce moment. Généralement, le lecteur découvre un monde ravagé par la guerre ou dévasté par une invasion de zombies ou d’extraterrestres. Michael Farris Smith, lui, a décidé de jouer sur le thème ultra-actuel du climat.

Souvenez-vous, en 2005, le sud des Etats-Unis est ravagé par l’ouragan Katrina. Ce n’était que le début. Après des années de catastrophes écologiques, douché par une pluie sans fin, le sud des Etats-Unis s’est transformé en un vaste marécage où surnagent quelques ruines. Des années de pluie et de vent intenses ont peu à peu effacé les traces de la civilisation, et l’Etat a renoncé à entretenir la zone, préférant instaurer la Limite. Au sud de cette frontière, vous êtes tout bonnement livré à vous-même. Plus d’état, plus d’aide, plus de société. Juste les éléments et vous.

Cohen fait partie des gens qui ont préféré rester. Il vit dans ce qui était autrefois le Mississippi, dans une maison battue par les éléments, avec son chien et sa jument. Portant le deuil de son épouse et de son enfant à naître, Cohen survit tant bien que mal en ermite. Mais la zone est sillonnée par des hommes sans foi ni loi qui pillent les maisons encore debout et n’hésitent pas à tuer quiconque se dresse sur leur chemin. Cohen se retrouve subitement sans rien : des indices le jettent sur la piste d’Aggie, prêcheur fanatique digne des pires sectes, qui règne sur une petite colonie de mobil-homes dans lequel il retient une poignée de femmes réduites en esclavage sexuel.

L’homme a en effet vu dans l’instauration de la Limite l’occasion rêvée de bâtir son propre microcosme, loin de la société et de ses lois. Avec son homme de loi, il s’est mis en tête de féconder toutes les femmes qu’il a réussi à séquestrer, et dont il a bien souvent tué les maris. Cela fait froid dans le dos.

Et ce n’est qu’un des ressorts dramatiques terribles utilisés par Michael Farris Smith : celui-ci parvient en quelques pages à bâtir une atmosphère lourde et pesante. Même en faisant abstraction des horreurs commises par Aggie, le monde dépeint dans Une pluie sans fin est assez odieux : le territoire au sud de la Limite est devenue une zone de non-droit où, pour survivre, les hommes sont prêts à tout, y compris à redevenir des bêtes. Au sud de la Limite, c’est l’instinct de survie qui prime, sur l’humanité, la morale et parfois le bon sens.

Une pluie sans fin, Michael Farris Smith, Super 8

Le ciel perpétuellement couvert, le rideau de pluie permanent, la puissance du vent : Michael Farris Smith rappelle constamment à son lecteur que le monde a basculé à cause de la météo. Quelque chose en apparence anodin peut renverser des civilisations… Le lecteur se sent mal à l’aise : il lui semble presque voir l’humidité sourdre de la page. Michael Farris Smith excelle tout bonnement à décrire ce vieux Sud embourbé et moribond.

Comparé à La Route ou encore Mad Max 2, Une pluie sans fin nous évoque une autre comparaison : on y retrouve la même ambiance tendue et stressante que dans The Walking Dead. Cohen, sous bien des aspects, rappelle même le personnage de Rick : torturé, endeuillé, animé par le sens du devoir, Cohen sait s’imposer dans un groupe et en prendre la tête… même si cela implique parfois des choix bien difficiles. Et comme The Walking Dead, Une pluie sans fin nous a enthousiasmés : servi par des descriptions efficaces et par une ambiance inégalable, Une pluie sans fin s’inscrit au panthéon des grands romans post-apocalyptiques !

Une pluie sans fin, Michael Farris Smith. Super 8, 2015. Traduit de l’anglais par Michelle Charrier.

A propos Emily Costecalde 663 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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