Nos vies en l’air : le récit-choc de deux ados en quête d’eux-mêmes

CONTEMPORAIN JEUNESSE — Manon Fargetton fait partie de ces auteurs qui savent toucher les adolescents. Après, entre autres, un thriller ado (Le Suivant sur la liste), du contemporain à quatre mains (Quand vient la vague) et une incursion dans la fantasy (Les Illusions de Sav-Loar), elle revient cette année avec un drame psychologique haletant.

Une nuit. C’est le sursis que Mina et Océan s’accordent après s’être rencontrés par hasard sur le toit d’un immeuble parisien. Tous les deux sur le point de sauter, ils ont choisi le même spot pour en finir. Mais ils ne s’attendaient pas à être interrompus par la présence de l’autre. Ils décident alors de s’accorder la nuit pour faire ensemble tout ce qui leur passe par la tête. À une condition, dire la vérité. Toujours. Et si après cette parenthèse la vie est toujours aussi douloureuse, ils se jetteront ensemble dans le vide.

Nos vies en l’air, Manon Fargetton

Écrire pour les adolescents, sur les adolescents et à propos d’un sujet aussi sensible : le défi n’était pas facile. Mais Manon Fargetton a su retranscrire avec beaucoup de justesse les personnalités de ses deux protagonistes, au gré des chapitres qui leur sont consacrés : une sensibilité à fleur de peau pour Mina et un cynisme désabusé pour Océan. Le tout entrecoupé de flashbacks pour explorer les raisons qui les ont menées sur le toit de cet immeuble. Les personnages sont réalistes, vrais, et leur souffrance est palpable.
C’est un récit douloureusement réaliste : impossible de rester insensible, de ne pas se questionner. Il met en lumière le poids qui pèse sur la jeunesse parfois désabusée d’aujourd’hui. Les réseaux sociaux, le harcèlement, la solitude aussi, malgré la façade virtuelle que l’on parvient bon gré mal gré à entretenir.

Et pourtant, malgré le sujet très dur, ce livre apporte aussi son lot d’espoir et de vie, de tendresse aussi parfois. Car finalement, c’est une rencontre inespérée, au bon moment. Ensemble, ils vont se remettre en question et à leur manière, refaire le monde. Maladroitement au début, Mina et Océan finissent par repousser leurs limites. Avec eux, on (re)découvre la ville de Paris, complètement différente dans la nuit. Avec eux, on va arpenter la capitale, à l’affût d’un nouveau challenge : pour se faire peur, pour aider autrui, pour retrouver le goût de la vie, pour exister tout simplement.

Alors que dire ce ce roman, à part que c’est une claque magistrale dans une vie de lecteur ! Le récit est touchant, sans tabou ni pathos, écrit d’une main de maître par une autrice qui sait parler aux adolescents. Une nuit, presque 200 pages, des sourires et des larmes. C’est bien peu et en même temps c’est déjà beaucoup.

Nos vies en l’air, Manon Fargetton. Rageot, janvier 2019.

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