Le Dieu oiseau : la faim justifie-t-elle les moyens ?

FANTASY — Coralie vous avait déjà parlé de ce roman paru initialement chez Scrineo. Au tout d’Emily de le découvrir, à la suite de sa sortie au format poche. 

Le Dieu Oiseau est une excellente surprise : d’un pitch qui n’est pas sans rappeler d’autres romans Young-Adult présentant des compétitions à mort, comme Hunger Games, Aurélie Wellenstein parvient à tirer un roman qui n’a finalement pas grand chose de « YA » : c’est un roman percutant et bien plus profond qu’il n’y parait.

Sur une île qui pourrait tout à fait se situer en Amérique Latine vivent dix clans. Comme un certain Adam et une certaine Eve, les habitants de l’île ont été chassés du paradis terrestre où ils vivaient. Depuis, ils vivent des « temps difficiles » et s’affrontent tous les dix ans pour tenter de s’attirer les bonnes grâces du Dieu Oiseau, qui leur impose une compétition terrible et létale au terme de laquelle un champion doit trouver et ramener l’oeuf d’or. Plus terrible encore est la conclusion de la quête : le clan du gagnant mènera le « banquet » chez un ou plusieurs perdants. Ne vous y trompez pas, n’imaginez pas la scène de conclusion des albums d’Astérix où l’on voit les Gaulois festoyer joyeusement autour de sangliers rôtis. Dans les « banquets » du Dieu Oiseau, nul sanglier : c’est l’ennemi que l’on empale et que l’on rôtit, avant de le dévorer à pleines dents. Véritables orgies de violences en tout genre qui culminent avec cet acte décomplexé de cannibalisme, ces « banquets » attisent la haine et le désir de vengeance entre les clans. C’est notamment pour cela que Faolan, notre héros, décide de participer à la quête.

Faolan a autrefois été un gamin insouciant, mais ceci est bien fini. Enfant, il a vu sa mère et sa soeur se faire violer, et son père être tué et mangé. Seule l’intervention du fils du gagnant de cette année-là lui a valu de survivre. Mais quelle vie ! Esclave et souffre-douleur de son nouveau maître, Faolan sera battu, violé, affamé, torturé pendant dix ans. Le jeune homme rêve donc de vengeance, de faire couler le sang de son maître, et de tout son clan, et de s’en repaître sauvagement.

Ce que l’on ne peut que saluer dans l’écriture d’Aurélie Wellenstein, c’est qu’elle n’emprunte jamais les itinéraires convenus. Nul manichéisme dans son intrigue, et cela commence dès la psyché de son personnage principal, tour à tour attachant et terriblement inhumain, capable du pire comme du meilleur. Si vous vous attendez à une résolution gentillette, passez votre chemin. Pour Faolan, la fin/faim justifie les moyens.

Le Dieu Oiseau, Aurélie Wellenstein

Le Dieu Oiseau s’intéresse donc à nous montrer l’évolution de ce personnage pris dans la tourmente de la quête, mais également de ses sentiments. C’est un roman sur la vengeance, bien sûr, mais aussi sur le sentiment d’appartenance : Faolan est-il davantage chez lui dans le clan qui l’a asservi, ou dans le clan qui l’a vu naître et qui l’a renié comme un traître ? Pourra-t-il un jour se poser, surmonter le traumatisme, pour appeler un lieu son chez-lui ? La gestion du trauma est un des grands thèmes du roman : comment y survivre sur le moment, mais également après… comment parvenir à se reconstruire, à éprouver de l’amour plus que de la haine ? Aurélie Wellenstein travaille avec brio cet aspect du personnage. De même, elle a réussi à écrire une relation très bien construite entre Faolan et Torok, son maître. Il s’agit ici d’un lien bourreau/victime très finement détaillé, ce mélange de haine et d’habitude, avec la terrible réalisation que la disparition du tortionnaire ne suffit pas à effacer ses actes odieux et à soulager le coeur de la victime.

Enfin, plus prosaïquement, c’est un roman d’aventure dans un univers luxuriant et dangereux, avec des combats, des épreuves dangereuses, de la magie, le tout aux confins de la folie du héros principal. C’est en somme un très bon roman, jamais inutilement trash, toujours extrêmement pertinent.

Le Dieu Oiseau, Aurélie Wellenstein. Pocket, 2020.

A propos Emily Costecalde 710 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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