Arsène Lupin : les origines, la préquelle en BD !

BANDE-DESSINÉE — Il ne vous aura sans doute pas échappé qu’en ce moment, Arsène Lupin a la cote (merci l’adaptation Netflix) ! Raison de plus pour se repencher sur cette bande-dessinée née des huit mains de Benoît Abtey, Pierre Deschodt, Christophe Gaultier et Marie Galopin il y a sept ans, et tout juste rééditée en intégrale : Arsène Lupin : les origines. 

Le titre n’est pas menteur : il s’agit là d’une préquelle des aventures imaginées par Maurice Leblanc. Exit le gentleman cambrioleur donc et place… au bagnard. Car âgé d’une douzaine d’années, Arsène est pensionnaire à la Haute-Boulogne, une prison située à Belle-Île en Mer. Son crime ? Avoir assisté au meurtre d’un professeur de savate, Théophraste Lupin.
Heureusement pour lui, le comte de la Marche, qui a perdu un fils du même âge, le tire de là, l’adopte, et lui fait donner une éducation de gentleman. Or, cette adoption n’est pas innocente : M. de la Marche a la ferme intention de transmettre au futur comte de la Marche sa lutte personnelle contre la Confrérie des Lombards, qui gouverne le monde en coulisses par le crime et l’argent.

L’intégrale contient les trois tomes de la série : Les Disparus, Les Derniers des Romains, et Il faut mourir !
Le premier tome met en scène Arsène, de sa sortie du bagne, en 1888, à son arrivée à La Croix des Whals, pensionnat très chic pour enfants de la noblesse auquel l’a inscrit le comte de la Marche, son père adoptif. Exit donc l’enfance imaginée par Maurice Leblanc, et place à une nouvelle enfance lupinienne tout droit sortie de l’imagination des auteurs. Cela chagrinera peut-être les puristes, mais le tout se tient, d’autant qu’ils ont fait quelques clins d’œil au canon (avec notamment la mention de Théophraste Lupin).
L’intrigue de ce premier tome est très fournie : non seulement on suit la subite ascension d’Arsène, mais il est aussi question d’une enquête d’un journaliste et du comte de La Marche pour révéler les sombres dessous de la prison belle-îlienne (exploitation des bagnards, mais aussi disparitions louches et… réseau de prostitution infantile !).
Les retournements de situation sont rapides, tout comme la mise en place des différents fils de l’intrigue, parsemés de références historiques à peine évoquées, ce qui rend l’ensemble un peu trapu.

Le tome suivant, Les Derniers des Romains, est centré sur l’apprentissage d’Arsène au sein du pensionnat. Celui-ci s’est fait deux amis : Arès del Sarto et Bérenger de la Motte. Mais leur amitié indéfectible est mise à mal lorsqu’ils rencontrent la sœur d’Arès, Athéna, qui devient l’objet d’une lutte de jeunes coqs entre Arsène et Bérenger. Parallèlement, on retrouve Jacob, un ami bagnard d’Arsène, tout juste évadé et qui tente de profiter de sa nouvelle vie.
On retrouve l’intrigue très fournie du premier tome, l’effet fouillis accentué par la succession de scènes consacrée à l’un ou l’autre des fils de l’intrigue. Le début de ce deuxième tome semble donc particulièrement aride, car le temps de comprendre ce à quoi on assiste, l’intrigue a déjà basculé vers d’autres horizons. Il faut dire que l’intrigue est bien fournie : outre les (més)aventures de Jacob et de l’autre évadé, on suit la bataille entre Arsène et Bérenger, mais aussi les ennuis dans lesquels le comte de la Marche s’est fourré, le tout étant inextricablement lié.

Heureusement, cette impression s’estompe dans Il faut mourir !, troisième et dernier tome de la série. La lutte entre Bérenger et Arsène fait rage, comme une redite de celle entre les Lombards et les Justes qu’ils représentent respectivement. Tous les enjeux ayant été mis en place dans les deux tomes précédents, il ne reste qu’à rassembler tous les fils : machinations implacables, vengeances salées parsemées d’assassinats sordides, il n’y a pas à dire, ce tome est celui de toutes les tensions.
D’autant que le Prince des Voleurs apparaît enfin dans l’intrigue, avec le panache et la gouaille qu’on lui connaît. Or, le mystère subsiste : étant toujours pensionnaire à la Croix des Whals (quelque part dans les montagnes suisses), comment Arsène pourrait-il également perpétrer d’audacieux cambriolages à Paris ? Et, à peine sorti du pensionnat, comment va-t-il se tirer de l’odieuse machination ourdie contre lui ?
Les révélations et le jeu autour de la préquelle se révèlent ici dans toute leur splendeur : les trouvailles sont vraiment originales, et reprennent de façon intéressante quelques éléments du canon (le collier de la reine, l’Aiguille creuse, etc.). Des trois tomes, celui-ci est indéniablement le plus prenant, et c’est presque dommage de voir l’histoire s’arrêter là !

Côté illustrations, Christophe Gaultier a choisi un style aux crayonnés assez forts, et Marie Galopin des couleurs dans des tons pastels, le tout donnant aux dessins un côté un peu ancien, qui colle parfaitement à l’époque et à l’ambiance de la BD.

Arsène Lupin : les origines, est donc une préquelle en bande-dessinée des aventures d’Arsène Lupin qui reprend quelques éléments du canon lupinien, tout en introduisant de réjouissantes trouvailles. Si les deux premiers tomes sont un peu complexes du point de vue du récit, parfois un peu rapidement mis en place, le troisième se révèle palpitant, au point qu’il est presque dommage de s’arrêter en si bon chemin !

Arsène Lupin : les origines, Benoît Abtey, Pierre Deschodt, Christophe Gaultier et Marie Galopin. Rue de Sèvres, réédition 9 juin 2021. 

A propos Oihana 616 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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