Séquoias : une véritable pépite !

Séquoias, Michel Moutot

ROMAN HISTORIQUE — J’aime de tout coeur San Francisco. J’adore l’histoire américaine. Et ça faisait des années que je cherchais un roman se passant pendant la célèbre Gold Rush, la ruée vers l’or. Séquoias, à la lecture enthousiasmante du résumé, semblait correspondre en tout point à ce que je cherchais. L’a-t-il vraiment été ?

Je ne vais pas vous faire lambiner : oui, mille fois oui. Ce roman, c’est tout ce que j’aime.

De quoi ça parle ?

Au début du XIXe siècle, les baleiniers de Nantucket sont les rois des mers et des océans. Ils traquent inlassablement les énormes cétacés pour leur huile. L’ivresse de la chasse, le danger excitant, les richesses que l’on peut se forger en quelques prises, l’immense fierté de faire partie de cette prestigieuse corporation sont autant de raisons qui poussent ces hommes à s’engager sur l’océan pour de longs mois de campagne. Le capitaine Fleming est un héros sur l’île. Son fils Mercator doit reprendre les rênes de l’entreprise familiale. Mais à la mort du patriarche, dans la foulée d’une catastrophe familiale, Mercator ne peut plus reprendre la chasse et doit trouver le moyen de se refaire. Le hasard le met sur la piste de la ruée vers l’or. Des fortunes à se faire en Californie ? Mercator n’hésite pas et, volant le bateau dont il n’est que partiellement propriétaire, il s’élance en direction de San Francisco avec ses deux frères…

Un peu de contexte historique

Quand un dénommé Marshall trouve les premières pépites d’or en janvier 1848 et que la nouvelle se répand progressivement dans le monde entier au cours de cette même année, la Californie est en plein entre deux : plus vraiment mexicaine et pas encore américaine. Un flou juridique qui va bénéficier à la ruée vers l’or qui va contribuer grandement au peuplement de cet état très éloigné des grandes villes de l’est. En effet, pas vraiment de lois, pas d’autorité sur place : en réalité, il n’y a même pas grand chose du tout, ce que décrit très bien Michel Moutot quand ses personnages arrivent dans la baie de San Francisco.

Des thèmes hautement porteurs…

Roman dense, Séquoias est à la fois un récit familial, une épopée maritime et une description ambitieuse et méticuleuse de la genèse de San Francisco telle qu’on la connait aujourd’hui. C’est également l’histoire d’un self-made man dans un contexte de frénésie économique, et on peut même y voir une histoire d’amour… Beaucoup de choses qui en font un grand roman, que l’on dévore en très peu de temps.

Tout est très documenté, mais ce n’est jamais lourd : au contraire ! La description de San Francisco en 1849 est vivante, presque cinématographique, avec de nombreux détails bienvenus. On imagine très bien les navires ensablés qui encombrent la baie, désertés par leur équipage pressé de chercher fortune, les campements de fortune dans ce qui sera les rues de la ville quelques années plus tard, les mineurs eux-mêmes avec leur bâtée et leur pioche. L’expansion de San Francisco entre 1848 et 1860 est impressionnante, il vous suffit de regarder la page Wikipédia de la ville qui montre une photo prise en 1851 et une autre en 1860 : on passe d’un village avec quelques maisons éparses à une ville très peuplée. Michel Moutot rend bien la frénésie de l’époque, la soif de construction, la ville qui fourmille d’activité, les mille et une nationalités qui s’y côtoient comme il parvient avec talent à décrire le côté dangereux de cette ville privée d’une réelle autorité juridique.

Dans cette période très particulière, des fortunes peuvent se faire en quelques mois, voire quelques semaines. Mercator est venu y chercher richesse et gloire. Mais il se rend bien compte que passer la journée les pieds dans une rivière à secouer le sable n’est probablement pas le chemin le plus facile. Il fait un pari : puisque le peuplement de la ville explose, tout est à construire. C’est là qu’il concentrera ses efforts.

Le roman explore également les chemins du traumatisme et du deuil. Il nous livre également un très beau portrait de femme en la personne de Sara Magnet, l’ambitieuse et courageuse pionnière prête à s’imposer dans un monde d’hommes.

C’est bien ?

Oh que oui, c’est du grand spectacle, ainsi qu’un roman historique très documenté et extrêmement satisfaisant. On a l’impression d’y être ! Pour qui aime l’Histoire, c’est un grand moment de lecture, et pour moi, ce fut un coup de coeur ! Je vous le conseille vivement, vous l’aurez compris.

Séquoias, Michel Moutot. éditions Points, 2019.

A propos Emily Costecalde 982 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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