Plus heureux que jamais, un roman clivant

Plus heureux que jamais

YOUNG ADULT — Plus heureux que jamais est arrivé dans ma bibliothèque auréolé du succès de son auteur : on a tous entendu parler de la success story à retardement de Et ils meurent tous les deux à la fin (trois ans après sa sortie en librairie, Tiktok l’a brutalement propulsé en tête des ventes) et Plus heureux que jamais a tout de même été élu parmi les cents meilleurs livres YA de tous les temps par Time Magazine. Rien que ça !

De quoi ça parle ? Plus heureux que jamais est un récit douloureux et sensible sur la question de la mémoire, du deuil, de la culpabilité et de l’homosexualité. Académiquement, c’est un sans faute : on suit Aaron, un adolescent qui vit dans une réalité où vous pouvez payer pour vous faire enlever les souvenirs difficiles. Aaron vit dans un quartier défavorisé, son appartement est minuscule, son père s’est suicidé, il a lui-même fait une tentative peu auparavant. Les journées sont moroses et se ressemblent énormément. Une vague d’abattement semble sourdre du récit. Puis Aaron se fait un nouvel ami et ce nouveau pote va peu à peu faire vaciller quelque chose en lui.

Académiquement, c’est donc un sans faute : le fond est important et bien traité, la réflexion sur l’homosexualité est absolument déchirante, celle sur l’oubli et la mémoire non moins importante. Imaginez un peu : dans ce roman, un jeune garçon se fait effacer la mémoire pour oublier l’existence de son frère jumeau, tué par balles plus ou moins par sa faute. C’est extrêmement percutant comme idée, n’est-ce-pas ? Les perspectives de cette procédure « de soulagement de la mémoire » sont absolument vertigineuses. Qui sait ce qu’elle pourrait nous pousser à oublier ?

Cependant, je l’avoue : j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans le récit. C’est probablement à la fois une question de style et d’ambiance. Je n’étais peut-être pas d’humeur à lire un livre si pesant. Les cent premières pages sont laborieuses : j’ai même envisagé d’arrêter ma lecture. Heureusement, quelque chose se décoince après. Peut-être que la mise en place était trop longue. Toujours est-il que la suite du roman se lit sans heurts et, même si je n’ai pas ressenti le déferlement d’émotions dont parlent la plupart des lecteurs, je reconnais les immenses qualités de ce roman. Ce qui ne m’empêche pas d’être passée à côté : on peut constater les qualités d’un texte, l’importance des sujets abordés, et ne pas prendre pour autant un grand plaisir à la lecture. Probablement parce que j’ai du mal à m’éclater dans ma lecture quand le récit est aussi pesant. La vie d’Aaron semble souvent sans échappatoire. Rien ne donne envie de s’y attarder.

Pourtant, certains personnages émergent du récit comme Thomas et Genevieve, ses amis. Aaron lui-même est intéressant : c’est un garçon de seize ans avec tout ce que ça présuppose, sauf qu’en plus il porte en lui le deuil de son père et que sa quête existentielle est encore plus intense que celle de la plupart des jeunes de son âge.

Le mieux que je puisse vous dire c’est : lisez-le par vous-même. Lisez-le pour vous faire une opinion.

Plus heureux que jamais, Adam Silvera. Robert Laffont, 2022. Traduit par Constance de Mascureau.

A propos Emily Costecalde 959 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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