Le vol du boomerang : Australie, ambiance 2020 !

THRILLER — Après les terres d’Afrique, c’est en Australie que nous emmène Laurent Whale dans son nouveau roman, Le vol du boomerang, fraîchement paru aux éditions du Diable Vauvert, et dont on parle aujourd’hui !

Australie, 2020. Jimmy, jeune aborigène tout juste promu docteur en physique des particules, n’a qu’un rêve : remporter le trophée de la Bridgestone World Solar Challenge – une célèbre course internationale de voitures propulsées à l’énergie solaire – et sensibiliser le monde entier à la cause de son peuple, bafoué par le gouvernement australien et depuis toujours réduit à la misère.
Tony, de son côté, jeune Frenchie expatrié, tente de redorer le nom et la réputation familiale en conduisant des road trains, ces monstres d’acier qui sillonnent le pays de long en large et effectuent les livraisons de gros volumes.
Enfin, la famille Sweeger a des ambitions plus mesurées : déjà, fuir Sydney menacée par les méga feux qui ravagent l’île-continent. Ensuite, repartir de zéro, rebâtir leur vie quelque part, comme des milliers d’autres réfugiés climatiques embarqués dans la même galère.
Mais évidemment, tout ne se passe pas toujours comme prévu…

Dès les premières pages du roman, Laurent Whale nous plonge dans une Australie que l’on aimerait fictive, mais qui résonne douloureusement avec l’actualité : ravagée par des méga-feux incontrôlables (dont les conséquences sont aujourd’hui, toujours visibles), l’île est en fait au bord de la guerre civile. Habitants du cru, aborigènes aux droits bafoués et réfugiés climatiques se retrouvent à se battre pour les mêmes prés carrés, ce qui ne peut que dégénérer. C’est dans ce climat ô combien électrique que l’auteur va dérouler le canevas de son récit.
Celui-ci fait s’alterner les trajectoires de trois groupes de personnages : Jimmy et son entourage, d’une part, qui portent la voix des aborigènes ; la famille Sweeger, et Tony, d’autre part qui, par leurs statuts de nomades, nous permettent de suivre l’évolution de la situation dans le pays. Avec eux, on alterne donc les ambiances : Jimmy, porté par son rêve, sa culture et son travail acharné sur son véhicule solaire, nous plonge dans une ambiance pleine d’énergie alors que, du côté des autres, on est plus dans une ambiance apocalyptique, pleine de tensions et de dangers.
Or, et c’est là qu’intervient le talent de l’auteur, la tension subie par les uns commence à resurgir sur l’autre. Le climat de terreur qui règne sur l’île, exacerbant les tensions entre communautés, met en péril la participation de Jimmy à la course. Le climat de sécheresse et d’incendies menace les terres aborigènes. Et, last but not least, 2020 oblige, le Covid s’invite à la fête…

Le vol du boomerang est un thriller au sens premier du terme : pas d’enquête, pas de cadavres (si ce ne sont ceux des victimes des divers conflits que l’on suit, évidemment !) mais une tension incroyable qui fait de ce récit un véritable page-turner. D’autant que la tension monte peu à peu, que ce soit du côté des voyageurs du récit, ou de celui de Jimmy Stonefire, auquel il est difficile de ne pas s’attacher tant le combat semble légitime !

Ce qui fait aussi le sel du roman, c’est la solide base documentaire sur laquelle il repose. On sent qu’il y a un gros travail de documentation derrière, que ce soit sur la culture aborigène, passionnante à découvrir, ou sur les réalités économiques et géopolitiques de l’Australie d’aujourd’hui. Le mieux dans tout ça : l’auteur sait éviter la leçon scolaire et intègre parfaitement les informations au fil du récit, ce qui ne fait que le rendre plus prenant, émouvant ou révoltant selon les cas !

Le vol du boomerang est donc un excellent thriller, à l’intrigue passionnante et au récit prenant. L’auteur nous entraîne sur les traces de ses personnages d’une plume vive, et évite avec brio les clichés sur la culture aborigène, ou la leçon d’histoire. Voilà donc une très bonne pioche, et on attendra avec impatience son nouveau titre !

Le vol du boomerang, Laurent Whale. Au Diable Vauvert, 2 février 2023.

A propos Oihana 711 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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