C'est tout chaud !

Vous avez un message : et si justement, c’était le message qui posait problème ?

Vous avez un message, Tom Hanks, Meg Ryan

CINÉMA — Comment ? Quoi ? Eh oui : en 2018, je n’avais toujours pas vu le film Vous avez un message, sorti pourtant il y a près de vingt ans. Il est sur Netflix, c’est donc maintenant chose faite. Sur le papier, Vous avez un message avait tout pour me plaire : une romance en ligne entre deux libraires, à New York à la fin des nineties, avec Tom Hanks et Meg Ryan.

Bon, de quoi ça parle ? Grosso modo, de deux phénomènes déjà bien connus en 2018 : l’essor de la drague en ligne et la difficulté des petits commerces à s’imposer face aux mastodontes du domaine. Ici, la librairie.

Ils ont une trentaine d’année et sont en couple, mais pas spécialement heureux. Elle tient la librairie familiale, qui vend des livres pour enfants depuis une quarantaine d’années. Il est l’héritier de Fox Books, sorte de superstore du livre (comprendre Barnes & Noble) et il ouvre un nouveau magasin dans la rue même de la sympathique petite librairie de quartier qu’elle tient. Dans la vraie vie, ils sont comme chien et chat et se déchirent dès qu’ils se voient. En ligne, ils se confient tout et tombent sous le charme l’un de l’autre… mais sous pseudonyme.

Ah, le thème des amants contrariés, si porteur en littérature et au cinéma ! Avouons-le, le spectateur aime les voir se tourner autour, et se réjouit de savoir quelque chose que les deux protagonistes ignorent : sous leurs réparties cyniques et parfois cruelles, nos deux héros s’aiment. Oui, oui ! Mais bientôt, le message se fait beaucoup moins romantique et là, les amis, je suis désolée, mais je vais carrément divulgâcher, donc si vous pensez regarder un jour ce film, je vous invite à aller zieuter un autre article. Bon. Au bout de quelques mois d’exploitation, Fox Books, avec ses prix attractifs (pas de prix unique du livre aux States, ne l’oublions pas !), met sur la paille la petite librairie méritante, malgré une mobilisation de la presse et des employés. Ils sont peu à peu lâchés par les habitués et même par les auteurs qui venaient dédicacer depuis des années. Franchement, ça fait mal au cœur, même si dans la vraie vie, ça aurait probablement fini comme ça aussi. Là où ça pêche grave, c’est sur la morale finale. Meg Ryan se retrouve donc au chômage, l’œuvre d’une vie au pilon, la librairie de sa chère maman n’existant plus. MAIS. Tout va bien pour elle parce qu’elle a trouvé l’amour : Tom Hanks.

Et là, on tique sévère. Ok, l’histoire entre eux deux est plutôt mignonne. Ok, elle peut aimer l’homme indépendamment de son boulot (même si personnellement, j’aurais du mal à aimer le mec qui réduit tout mon univers professionnel à néant). L’amour ne se commande pas, blablabla. Mais à la fin, qu’avons-nous ? Une scène de baiser enflammée dans un parc new-yorkais, Meg Ryan heureuse… car elle a l’amour, à défaut d’avoir un boulot.

Vous avez un message, Tom Hanks, Meg Ryan

Ok, on nous a vaguement sous-entendu qu’elle avait des « propositions ». L’ex de Tom Hanks elle-même est prête à l’embaucher comme éditrice jeunesse. Mais finalement rien de concret… et bon, soyons honnêtes : devenir salarié quand on a été patron, c’est pas forcément ce que Meg Ryan crevait d’envie de faire. Encore une fois, la librairie avait aussi une valeur sentimentale, c’était celle de sa mère… À mon sens, le happy end est loin d’être complet. Si j’étais cynique, j’aurais pu ajouter : on s’en tape après tout, son nouveau mec est millionnaire ! Christian Grey avant l’heure, moins le SM (quoique… en fait on ne sait pas).

La petite voix pragmatique en moi se demande comment on peut construire un couple sur une base pareille. La petite voix en moi a été très difficile à faire taire, même si, en dehors de ça, j’ai bien aimé le film. La seconde partie (la cour effrénée que Tom Hanks, fraîchement célibataire après une épiphanie dans l’ascenseur, fait à Meg Ryan) est peut-être un peu expéditive et facile, mais le reste est sympathique. On craque pour la librairie de Meg Ryan, pour ses employés tous très attachants. La nostalgie pour les années 90 est également au rendez-vous : hum, ces délicieux bruits de modem, ces icônes informatiques si désuètes, ce logo d’AOL si daté ! Un monde à la fois si proche et déjà si lointain…

L’avis global est donc, vous l’aurez compris, plutôt mitigé : si on laisse toute réflexion de côté et qu’on décide de se laisser embarquer, alors oui, c’est plutôt sympa. Mais dès qu’on creuse un peu… au secours !

A propos Emily Costecalde (621 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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