Le Système D : ça serait dommage de passer à côté !

Une couverture attrayante, jaune, blanche et noire, aux couleurs d’un New York ravagé et un héros au nom improbable de Dewey Decimal qui vit dans la bibliothèque municipale de  la ville (ça tombe bien, vu que Dewey est LE classement phare des bibliothèques) : il n’en fallait pas plus pour me convaincre de me plonger dans le récit de Nathan Larson, paru aux éditions Asphalte en juin. S’y ajoute une citation de Megan Abbott, la reine du crime, comparant Le Système D à la fois à Philip K. Dick et à Chester Himes (classe !). En somme, tous les ingrédients sont réunis pour nous faire passer un vrai bon moment.

Et effectivement, on s’éclate, dès les premières pages, dès le moment où l’on rencontre ce personnage frappadingue qu’est Dewey Decimal, paranoïaque, obsédé par les germes, drogué, d’un pragmatisme absolu. Il manie le sarcasme avec autant d’aisance que les armes car oui, armes il y a. Car dans le New York autrefois dévasté par la violence et la maladie, Dewey obéit au « procureur », qui lui donne parfois des tâches peu recommandables, comme la dernière en date : retrouver et faire disparaître un bandit de l’Est. Mais Dewey ne sait pas dans quoi il vient de mettre les pieds : il va s’en prendre plein la figure, et se retrouver au cœur de diverses rivalités.  Chouette programme !

L’écriture de Nathan Larson est barrée, et surtout très drôle. Son style est oral et dynamique : ça part dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir. La narration à la première personne nous permet de plonger directement dans la tête fracassée de Dewey, personnage fascinant dans ses contradictions et ses divers tocs. Le fameux système un brin obsessionnel du titre guide sa vie : toujours tourner à gauche, enchaîner une ligne de métro en lettre avec une ligne en  chiffre, toujours avoir sur soi la clef… Et surtout, toujours se désinfecter régulièrement les mains à coup de giclées de Purell®, sa solution miracle contre les microbes et la saleté. Alors que Decimal essaie de dénouer les fils de l’intrigue, il se cherche et essaie de mettre de l’ordre dans son esprit déglingué : car notre ami est également amnésique, et doté d’une conscience pour le moins changeante. Autant vous dire que des héros comme lui, on n’en croise pas tous les livres. Et c’est plutôt dommage, au fond.

Systeme-D-Nathan-Larson

C’est tout simplement impossible de s’ennuyer auprès de lui. On vous l’a dit, le style de l’auteur est un véritable plaisir : c’est vivant, imagé, rythmé. Quand s’y ajoute un personnage principal de premier plan, le résultat ne peut être que très réussi. On ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre alors que l’on suit Dewey dans ses aventures : ses réactions sont toujours imprévisibles. La violence la plus crue côtoie les amabilités les plus charmantes, dans des situations délicieusement absurdes. En somme, on vous le conseille très vivement !

Le Système D, Nathan Larson. Asphalte, juin 2014. Traduit de l’anglais par Patricia Barbe-Girault. 

Par Emily Vaquié

A propos Emily Costecalde 667 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

4 Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.