L’Île des bienheureux : un deuxième roman réussi pour Vea Kaiser !

L'Île des bienheureux, Vea Kaiser, Presses de la cité

ROMAN — Soyez prévenus : quand la grand-mère veut quelque chose, en général, elle finit par l’obtenir. Peu importe le moyen employé. Yaya Maria, aïeule grecque habituée à marier son entourage à tout va, a déjà su trouver de bons maris pour ses jumelles, même si finalement, tout n’a pas tourné comme prévu. Mais quand arrive la génération suivante, elle se retrouve face à un problème. Il n’y a plus assez de filles au village pour son petit-fils Lefti. Aussi, elle pousse son autre fille à concevoir un dernier enfant, en espérant que ce sera une fille. Ainsi, les cousins pourront être mariés quand viendra l’âge adulte. L’héritage de la famille perdurera. Le bébé est bien une fille, Eleni. Mais pas franchement le genre à épouser la personne qu’on lui désigne… mais alors, pas du tout !

Au fond, ni Lefti ni Eleni ne veulent de ce mariage mais ils vont pourtant devoir y consentir… en ne sachant pas qu’ils enterrent ainsi toute possibilité de bonheur pour eux, mais aussi pour leurs descendants.

Quel plaisir de retrouver le style enjoué et si efficace de Vea Kaiser, le jeune prodige des lettres autrichiennes qui nous avait tant séduits avec Blasmusikpop ! On retrouve ici tout ce qui faisait le sel de son premier roman, de l’écriture enlevée à la description juste et non dénuée d’humour de la vie dans un tout petit village. La recette fonctionne donc une deuxième fois, grâce à des personnages attachants que l’on suit des années durant.

Les amateurs de fresques familiales y trouveront en effet leur compte, car on suit nos deux époux malgré eux de l’enfance jusqu’à l’âge des cheveux gris et des rides, ainsi que leurs descendants. L’intrigue nous entraîne dans plusieurs pays… en Grèce bien sûr, mais aussi en Suisse, ou aux États-Unis. Pas le temps de s’ennuyer avec cette famille grecque, dont le destin se mêle bientôt à celui du pays tout entier. C’est en effet une conscience politique exacerbée qui pousse Eleni à devoir épouser son cousin. Comment ? Pourquoi ? On vous laisse le découvrir…

C’est un roman qui, sous couvert d’une malédiction familiale, parle avec justesse des liens familiaux et de la difficulté de les maintenir, d’amour (forcément) et de ces aïeules qui, pensant bien faire, se mêlent de tout. Par une certaine ironie, Eleni va même jusqu’à reproduire ce comportement qu’elle réprouvait chez Yaya Maria ! Ne serait-ce pas, d’une certaine façon, le cycle de la vie, tout simplement ? Dans ce roman, Vea Kaiser aborde tout un tas de thèmes, du mal du pays à la vie dans les zones rurales, en passant, en vrac, par la cuisine, la gémellité ou même, les grossesses non désirées… C’est la vie, dans toute donc exhuberance et son imprévisibilité, qu’elle montre avec cette fiction bien ficelée. On a déjà hâte de voir ce qu’elle imaginera pour son prochain livre !

L’Île des bienheureux, Vea Kaiser. Presses de la cité, 2017. Traduit de l’allemand par Corinne Gepner.

A propos Emily Costecalde 646 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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