Moisson de romans en période de panne de lecture gravidique !

Noël, conseils de lecture

BILAN LECTURE — Un début de grossesse, c’est fatigant : on est souvent nauséeuse et somnolente, et dans ces conditions, lire n’est pas toujours facile. J’attends actuellement mon deuxième enfant, et comme pour l’aînée, j’ai connu plusieurs mois de disette littéraire : la fameuse panne de lecture gravidique (si, si je vous assure : c’est un concept !). Toutefois, j’ai tout de même lu quelques petites choses, dont je vais vous parler ici !

Les oubliés sur le bord de la route : Les Amazones (Jim Fergus, Le Cherche-Midi) et Une cosmologie de monstres (Shaun Hamill, Albin Michel)

Au moment où je découvre, à ma grande joie, que je suis enceinte fin septembre, j’étais en train de lire deux romans en même temps : le nouveau Jim Fergus, dont j’avais déjà beaucoup aimé les précédents (Mille Femmes blanches et La Vengeance des mères) et Une cosmologie de monstres, un roman dans la lignée de ceux de Stephen King. Sur le papier, les deux ont tout pour me plaire, et, pour être honnête, je passais un bon moment… puis la fameuse panne de lecture frappe, et comme avec les romans que je lisais à la rentrée 2017, j’ai tout simplement posé de côté mes lectures en cours… pour ne jamais les reprendre. Presque deux mois d’interruption de lecture, tout de même. Je les reprendrai un jour… peut-être.

De quoi ça parle, quand même ?

Les Amazones constitue l’ultime tome de la trilogie que Jim Fergus a consacré à ces femmes blanches parties vivre chez les Indiens sur une idée du gouvernement américain. Le premier tome était virtuose, et après de nombreuses années, l’auteur a décidé de lui donner deux suites. J’ai entamé le troisième tome trois ans après avoir lu le précédent, et j’ai donc logiquement eu un peu de mal à me replonger dans le bain. Cependant, on retrouve avec plaisir les figures emblématiques qui ont fait la force des deux premiers tomes.

Une cosmologie de monstres est un premier roman ambitieux, habité par les ambiances des textes de Lovecraft, et des romans de Stephen King. Il y est question de famille, de deuil, de maisons hantées et de cauchemars très, très réalistes. Je passais vraiment un très bon moment.

Un peu de Young-Adult pour changer : Les Aventures d’un apprenti gentleman (Mackenzi Lee, Pocket)

Nous sommes au XVIIe siècle dans ce roman ado ++ un brin sulfureux, qui met en scène un jeune héritier, Monty, qui préfère très nettement festoyer, boire, jouer et forniquer plutôt qu’étudier ou se comporter en jeune noble anglais bien sous tous rapports. Comme beaucoup de jeunes de son milieu, Monty s’apprête à partir faire un grand tour d’Europe, où il compte bien faire les quatre cents coups avec son meilleur ami, Percy, dont il est secrètement amoureux. Mais tout ne se passe pas comme prévu : le père de Monty, pas dupe pour un sou sur les intentions de son fils, lui adjoint un précepteur ennuyeux comme la pluie, et Monty doit embarquer en prime sa jeune soeur Felicity, afin de la déposer au passage dans son pensionnat en France. Là, j’avoue que je m’attendais à un long catalogue de débauches diverses et variées dans certaines des villes d’Europe les plus fascinantes de l’époque. Mais rapidement, le roman se fait récit d’aventure, et Monty se met dans de beaux draps (pas ceux qu’il aimerait !) : poursuivis, en danger de mort, sans précepteur et sans argent, notre trio adolescent se retrouve en rade dans le sud de la France avec une mission pour le moins périlleuse sur les bras.

C’est sympathique, ça se lit avec beaucoup de plaisir, on n’a pas le temps de s’ennuyer, mais le personnage principal, égoïste et inconstant, finit par lasser un peu. Du trio de héros, seule Felicity tire vraiment son épingle du jeu : courageuse, audacieuse et curieuse, la jeune fille fait d’ailleurs l’objet de son propre roman, non paru à date en français. L’aura sulfureuse du roman est un peu survendue : oui, le héros pense beaucoup avec son entrejambe, mais cela reste finalement plutôt sage : pas de scènes ultra détaillées, ouf pour les yeux les plus pudiques !

La dernière dystopie à la mode : Vox (Christina Dalcher, Nil)

Cela faisait très longtemps (enfin, plusieurs mois quoi…) que je voulais lire ce roman que l’on dit dans la lignée de La Servante écarlate de Margaret Atwood. C’est un roman qui imagine une Amérique dans laquelle les femmes n’ont plus le droit de dire plus de 100 mots par jour. Comme dans la plupart des dystopies similaires, l’accès à l’écrit, à la littérature, est strictement contrôlé. La femme n’est vue que comme une matrice, une femme au foyer destiné à élever les hommes de la nation. L’héroïne, Jean, est docteure en neurosciences. Elle travaillait tout particulièrement sur l’aphasie quand on lui a subitement interdit l’accès à son labo, à ses dossiers, pour la renvoyer, comme toutes les femmes, dans sa cuisine. Un malaise insidieux saisit le lecteur au fur et à mesure de sa lecture, quand il voit comment sont embrigadés les jeunes générations, comme les choses les plus incroyables sont instaurées progressivement. Jean se fait la voix de la contestation, voix toute relative puisqu’elle ne peut prononcer plus de cent mots par jour. Mais un jour, les équipes du président viennent la chercher : ils ont besoin de ses compétences en neurosciences. Et si Jean pouvait en profiter pour saboter le système de l’intérieur ?

Une résolution un peu trop rapide, mais un portrait assez effrayant d’un futur alternatif qui fait franchement froid dans le dos : Vox se dévore avec une fascination un peu malsaine.

La lecture nécessaire : Le Consentement (Vanessa Springora, Grasset)

Lu presque d’une traite, le texte de la courageuse Vanessa Springora, dont on a abondamment parlé ces derniers jours, avant même sa sortie en librairie le 2 janvier, parle de sa relation avec Gabriel Matzneff, quand elle avait 13/14 ans et lui 50, à la fin des années 80. Une relation abusive, où l’homme, auteur très connu en son temps, tire parti de son aura littéraire et de son âge pour éblouir la jeune fille, dans l’indifférence de l’entourage de Vanessa et de la justice la plus totale… On pourrait parler mille ans de Matzneff, et des décennies où l’édition germanopratine l’a laissé déblatérer impunément sur son goût odieux pour les très jeunes adolescents : disons qu’il est largement temps que ses agissement le rattrapent (ce qui semble être le cas actuellement)… On pourrait en parler longuement, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de faire, car beaucoup le font déjà, et probablement mieux que ce que je pourrais jamais écrire. Le texte de Vanessa Springora, je l’ai lu comme en apnée et c’est difficile d’en parler en lui rendant pleinement justice. Ce n’est pas juste un texte de dénonciation, ce sont aussi de vraies pages de littérature, une véritable plume… On quitte ces pages avec une nausée certaine, un profond dégoût, et l’envie, plus que jamais de protéger nos filles… Une vraie claque.

A propos Emily Costecalde 678 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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