Le Don du roi : portrait de Merivel, médecin et bouffon

Le Don du roi

ROMAN HISTORIQUE — Ah, que les monarques du XVIIe siècle avaient la réputation d’être inconstants ! Le roi donne, le roi reprend, c’est une vérité absolue, tant en France sous le règne de Louis XIV que sous celui de Charles II en Angleterre. Charles II : c’est ce monarque-là qui fait l’objet de second rôle crucial dans le roman de Rose Tremain : au premier plan, on trouve Robert Merivel, médecin de formation, bouffon royal par les circonstances. Ce héros à la trentaine bien entamée et à la bedaine de bon vivant aime par dessus tout boire, manger et culbuter les « drolesses ». Lui-même l’avoue bien volontiers : il n’est pas très beau à voir, et pas très distingué non plus. Vous le constaterez bien vite !

Un anti-héros, donc ? En quelques sortes, car Robert Merivel va, au cours du roman, commettre quelques actes ignobles, des trahisons, des veuleries (et quelques actes positifs, quand même). Il n’est séduisant en rien : loufoque, fantasque, grossier, volontiers vulgaire… Merivel va apprendre à la dure une difficile leçon sur les faveurs royales, mais également sur lui-même.

Grâce à son père, Merivel obtient une place à la cour d’Angleterre, où il doit être en charge du bien-être des chiens du roi. Bien vite, il se fait remarquer de celui-ci pour sa bonne humeur, sa tendance aux pitreries, notamment quand il est ivre, ce qu’il est souvent et sa servilité à l’égard du souverain. Aussi, le roi voit en lui l’outil idéal : un homme qui obéit avec reconnaissance, respectera les règles et se contentera d’une maigre récompense.

Car, voyez-vous, le roi a plusieurs maîtresses, en dehors de son épouse la reine, et l’une d’elle est jalouse de la seconde. Aussi, pour préserver les apparences et pouvoir continuer à visiter le lit de qui bon lui semble, le roi décide de marier sa plus jeune maîtresse, Celia, à un époux fantoche, à qui on donnera quelques terres et qui ne touchera jamais sa femme. Cet homme, vous l’aurez deviné : c’est Merivel. Voilà donc Merivel devenu seigneur d’une petite propriété mignonne comme tout dans la campagne, époux d’une femme avec qui il n’a pas le droit de toucher. Bien sûr, il en tombera amoureux. Et c’est là que les ennuis commencent…

Roman presque picaresque, dans la plus pure tradition de ceux qui s’écrivaient dans l’Angleterre du XVIIe siècle (on pense à Tristram Shandy, par exemple), Le Don du roi conte plusieurs années de la vie d’un personnage truculent, prompt aux gaffes et aux bêtises en tout genre (un Homer Simpson post-Cromwell ?), qu’on finit par trouver attachant dans toute son imperfection. En plusieurs années, Merivel vivra semble-t-il plusieurs vies : courtisan, seigneur, gardien d’asile, pharmacien en pleine épidémie de peste, médecin… Le tout donc, entre la cour de Whitehall sous le règne de Charles II, le domaine dans le Norfolk que celui-ci lui offre, et un Londres flamboyant (à plus d’un titre). Malgré la distance entre le quotidien de Merivel et le nôtre, certains passages éveillent un drôle d’écho, puisque pendant une grande partie du roman, le pays connaît une flambée de la plus terrible épidémie de l’époque : la peste. Ainsi, quand Merivel se retrouve à superviser des aliénés et qu’avec ses compagnons, ils décident de se confiner et d’empêcher les visites… well, it does ring a bell! Surtout quand un des médecins s’inquiète : sans visite, les malades ne vont-ils pas dépérir ? Bref, le roman prend des accents étonnamment actuels, quand, par tellement d’autres aspects, il nous rappelle que le XVII siècle est bien éloigné de nous : Merivel étant médecin, vous en apprendrez de belles sur la manière dont on soignait à l’époque (indice : ça ne donne pas envie). On saigne à tout va, on administre des remèdes à la limite du poison, on opère à vif…

Voilà un roman historique de bonne facture, avec parfois quelques longueurs, mais intéressant à tout point de vue.

Le Don du roi, Rose Tremain. JC Lattès, 2013. Traduit de l’anglais par Gérard Clarence.

A propos Emily Costecalde 728 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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