Personne ne sort d’ici vivant : elle voulait juste une chambre pas chère…

Personne ne sort d'ici vivant

HORREUR — J’ai un faible pour les histoires de maison hantée. Gamine, j’écrivais déjà des ébauches de romans sur le thème. Puis j’ai lu La Maison des damnés de Richard Matheson et le début du Salem de Stephen King et je n’ai plus voulu m’arrêter. Ces maisons souvent anciennes, chargées d’histoire et porteuses de tragédie me fascinent étrangement. Aussi, je n’ai pas hésité longtemps quand Personne ne sort d’ici vivant m’est tombé dans les mains, d’autant que j’avais déjà lu Appartement 16 du même auteur, également une histoire de maison hantée.

Comme souvent avec ces récits, le roman commence par l’emménagement d’un nouveau locataire candide et insouciant. Stéphanie, fauchée comme les blés, est ravie et soulagée de trouver une chambre en location pour seulement 40 livres par semaine en plein coeur de Birmingham. Mais dès la première nuit, elle déchante. La pièce est datée et crasseuse, à l’instar des pièces communes. Les voisins sont pour ainsi dire invisibles, mais extrêmement bruyants. Le propriétaire, Knacker, est odieux. Toute la nuit, elle entendra des pleurs de femmes, des bruits étranges sous le lit, des voix dans la cheminée… Et ce n’est que le début…

Prise au piège tout d’abord financièrement, puis physiquement, Stéphanie ne peut quitter les lieux. Les manifestations surnaturelles se multiplient, jusqu’à ce que le récit vire brutalement à l’horreur pure et dure. Stéphanie passera neuf jours au 82, Edgehill Road. Neuf jours qu’elle n’oubliera jamais…

Le roman a beau commencé d’emblée avec cette première nuit effrayante, il met un certain temps à débuter réellement. Adam Nevill pose d’abord les bases : Stéphanie se raisonne, elle essaie de lier connaissance avec ses voisins mais se heurte à un mur. En parallèle, elle essaie de récupérer sa caution pour avoir les moyens de louer quelque chose d’autre, et elle tente de trouver du travail. Elle contacte son ex et ses amies, cherche si on peut l’héberger ailleurs. L’urgence monte peu à peu, au fur et à mesure que ses options s’étiolent. Knacker, de pénible, bavard et vantard, se fait peu à peu dangereux. Puis, entre en scène Fergal, le « cousin » de Knacker » : une présence dérangeante au début, puis de plus en plus effrayante… Un véritable croquemitaine !

On peut diviser l’histoire en trois parties : dans la première, Stéphanie prend peu à peu conscience qu’elle vit une expérience surnaturelle, qu’elle sent la présence de fantômes. Elle cherche à fuir par des moyens raisonnables, se sent oppressée et effrayée, mais pas réellement en danger. Puis le récit bascule dans la deuxième partie : Stéphanie rentre de plein pied dans l’horreur de la maison, et le lecteur avec elle. Elle est prisonnière, en danger de mort (voire pire). La troisième partie fait office de conclusion, en dressant tout d’abord un bilan de cette expérience indicible, avant de voir l’horreur rattraper brutalement Stéphanie.

Est-ce que ça fait peur ? De prime abord, pas tant que ça. L’accent est mis sur l’insalubrité et le mauvais goût des lieux. On se figure des lambris poussiéreux, des papiers peints datés, une cuisine crasseuse. Bien sûr, de nombreux phénomènes étranges se produisent et peuvent inquiéter le lecteur : des bruits bizarres, des odeurs immondes surgies de nulle part, une baisse soudaine de température, des cauchemars atroces et pourtant étonnamment réalistes. Peu à peu, la peur monte : impossible de lire ce roman de nuit !

C’est un roman bien conçu, qui prend son temps et se fait parfois introspectif : si on lit les critiques en ligne, on voit que bon nombre de lecteurs sont déçus car ils s’attendaient à plus d’action. Mais le récit n’a pas besoin de plus de péripéties. La pauvre Stéphanie souffre déjà assez ! Le sordide et la peur sont déjà étroitement liés à l’intrigue. L’atmosphère nerveuse et plombante et les « entrepreneurs du diable » Fergal et Knacker font le reste…

Personne ne sort d’ici vivant, Adam Nevill. Bragelonne terreur, 2020. Traduit par Marie Guelton.

Petite liste thématique de romans « maisons hantées » lus et conseillés (ou non) par mes soins :

  • La Maison des damnés, Richard Matheson  : un classique du genre, par l’auteur de Je suis une légende. La maison Belasco vous hantera longtemps !
  • Salem, Stephen King : Salem est connu de tous comme LE roman de vampires du maître de l’horreur, mais il commence par une maison à la réputation sinistre. Du coup, je le mets tout de même dans la liste. J’ai lu pas mal de romans de Stephen King à ce jour et, presque douze ans après lecture, ce roman reste dans mon top 3 de l’auteur.
  • Niceville, Carsten Stroud : à Niceville, c’est la ville toute entière qui est hantée. Plusieurs maisons hantées pour le prix d’une !
  • Le Monde caché d’Axton House, Edgar Cantero : un manoir étrange en héritage, autant vous dire que ça commence mal…
  • Wild Fell, Michael Rowe : non seulement la baraque est hantée, mais en plus elle est isolée sur une île… Double combo, si je puis dire…
  • Hypnose, Peter James : quand deux citadins s’installent à la campagne, ils peuvent faire de drôles de découvertes sur leur nouveau pied-à-terre…
  • Appartement 16, Adam Nevill : décidément, Adam Nevill a un truc avec l’immobilier…
  • La Maison hantée, Shirley Jackson : véritable classique du genre, a inspiré la série The Hauting of Hill House, mais moi, personnellement je n’ai pas aimé. Lu pendant le premier confinement, je ne l’ai même pas chroniqué…
  • Le Journal intime de Ellen Rimbauer : Ma vie à Rose Red : Lu il y a très très longtemps, j’en garde le souvenir d’une ambiance très, très glauque.
  • Le Tour d’écrou, d’Henry James : un classique du genre. Lu pendant mes études, il y a à peu près mille ans.

A propos Emily Costecalde 775 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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