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Park Avenue : le nouveau bûcher des vanités

Park Avenue est l’une des artères les plus huppées de Manhattan : y vivre, c’est faire partie du club privé des tous puissants, évoluer dans un cocon doré. Résident de Park Avenue, vous aurez été dans les meilleures écoles, aurez fait Harvard, aurez côtoyé les riches et puissants de tout le pays. Et vous travaillerez vraisemblablement dans l’univers de la finance. Comme Paul Ross, le personnage principal du roman signé par Cristina Alger.

En épousant la belle Merrill, Paul est ainsi entré dans un des clans les plus puissants de New York. Son beau-père est le célèbre Carter Darling, grand ponte de la finance. Paul travaille depuis deux mois à Delphic, l’entreprise de Carter, quand éclate le scandale. Morty Reis, un important partenaire d’affaire de Carter, vient de mettre fin à ses jours. Il était sur le point d’être inculpé pour fraude…Et maintenant qu’il est décédé, le scandale risque de rejaillir sur Delphic, son partenaire principal. Pour Paul, le choix apparaît très rapidement : soutenir le clan et tomber avec lui, ou collaborer avec la justice et perdre sa femme.

La structure de Park Avenue est originale : tout se passe très vite, l’action est condensée en seulement quelques jours. Mais Cristina Alger alterne les points de vue, permettant au lecteur d’avoir une vision globale de l’affaire. Surfant sur un contexte de crise financière, Cristina Alger dépeint un Wall Street moribond, des traders licenciés, des fortunes défaites. Dans un univers jugé globalement corrompu par le grand public, Paul doit essayer de prouver son honnêteté et de préserver son couple avec Merrill. Un peu moins de trente ans après Tom Wolfe, Cristina Alger dépeint un Wall Street qui a la gueule de bois, et un monde dans lequel les traders peuvent chuter sans accident de la circulation dans le Bronx. Sans atteindre la virtuosité du Bûcher des Vanités, Park Avenue est une analyse plutôt fine d’un monde qui a connu la grandeur, puis une crise virulente. Elle dépeint le crépuscule d’un monde, ce qui est particulièrement flagrant lors de la scène d’ouverture du roman. Inès Darling a organisé un dîner de charité, autrefois l’événement de l’année. Mais cette année là, certaines des tables restent vide. Entre temps, les entreprises qui les réservaient ont fait faillite.

Park avenue

Mais Park Avenue n’est pas qu’un roman sur la crise du milieu de la finance américaine. C’est également un récit sur la famille, qui étudie les liens familiaux, et la notion de loyauté au sein d’un clan. Paul est une pièce rapportée au sein de la famille Darling : trouver sa place dans une famille aussi célèbre n’est pas une chose aisée. Merrill, elle, se retrouve prise entre deux feux : entre son père et son époux, qui choisira-t-elle de soutenir ?

Récit prenant, Park Avenue a été adoubé par le célèbre Jay McInerney : s’il lui manque un poil de souffle pour en faire un récit véritablement remarquable, il reste un très bon roman, et une véritable immersion dans le New York des puissants. On sent cependant que ces puissants peuvent basculer du jour au lendemain dans l’opprobre et la pauvreté. La famille Darling est sur la sellette : s’en sortira-t-elle ?

Park Avenue, Cristina Alger. Le Livre de poche, avril 2014.

Par Emily Vaquié

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A propos Emily Costecalde (598 Articles)
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.
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