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La Fille aux licornes, une fantasy engagée

Dès leur création, les éditions jeunesse Talents Hauts ont défendu une double ligne éditoriale : la lecture bilingue sans traduction, et la lutte pour l’égalité des sexes. 

La Filles aux licornes, trilogie fantasy de Lenia Major qui vient tout juste d’être rééditée en intégrale, répond parfaitement à cette seconde volonté !

La Fille aux licornes, c’est Ascane. Elle a toujours rêvé de devenir licornière pour le roi d’Ampleterre, et son rêve est proche de se concrétiser : Varney, le recruteur du roi, est passé dans son village, et l’a choisie. Ascane rejoint donc la Forteresse, où elle doit suivre un apprentissage de deux ans, en compagnie de deux autres apprentis. Mais, à peine arrivée, elle doit faire face aux premières difficultés : Séber, l’âpre maître licornier, ne jure que par les garçons et refuse d’enseigner son art à une fille ; il tente de la reléguer aux cuisines. Contraint par un ordre de prendre Ascane comme un apprenti lambda, Séber finit par accepter la présence de la jeune femme… mais il va tout faire pour la dégoûter.
Il commence par lui confier le soin d’une licorne sauvage entravée, un grand mâle furieux et indomptable, que personne ne parvient à approcher, en lui mettant le marché en mains : si la licorne meurt ou s’échappe, Ascane sera renvoyée… Bien décidée à faire ses preuves, et à montrer à l’odieux maître qu’une fille vaut autant qu’un garçon, Ascane s’attaque au problème. Et trouve rapidement des solutions.

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La publication en intégrale de La Fille aux licornes permet de se rendre compte de l’évolution du style et de l’intrigue. D’assez enfantine (voire naïve) dans le premier volume, elle se complexifie pour devenir carrément sombre et effrayante dans le dernier volume. L’histoire est très variée, ce qui fait qu’on ne s’ennuie pas un seul instant : le premier volume est consacré à l’apprentissage, le second voit se dérouler une première quête, et le troisième tourne autour de l’affrontement qui couve depuis le premier tome. Le roman a un aspect jeunesse qu’on ne peut ignorer : sans être simpliste, l’intrigue suit un fil plutôt simple, qui n’est pas dépourvu d’un léger manichéisme, et les personnages manquent parfois de profondeur – hormis Ascane. Pourtant, ces défauts mineurs sont bien vite oubliés.

D’une part, parce que la plume de l’auteur retient toute notre attention : tout en restant parfaitement accessible au lectorat cible du premier volume (disons 9-10 ans, sachant que le tome 3 est vraiment très sombre), l’auteur utilise un vocabulaire riche, varié, et des tournures aussi belles qu’élégantes. C’est un vrai plaisir à lire, et on en profiterait même pour lire quelques répliques à voix haute, pour mieux apprécier les sonorités riches du texte (notamment lorsque parlent les habitants de l’Enclave, dont le phrasé médiéval est merveilleusement rendu).
D’autre part, parce qu’on ne peut que s’émerveiller devant l’univers décrit dans La Fille aux licornes. Les licornes sont, peu ou prou, nos destriers ; l’univers ressemble à s’y méprendre à notre propre époque féodale, les licornes et un peu de magie en plus.

La misogynie de Séber, le maître licornier, éclate dès les premières pages : c’est un fait établi, les filles n’ont pas leur place à la Forteresse. Et ce qui est intéressant, c’est qu’Ascane va, peu à peu, le faire changer d’avis. Mais sans fanfaronnades inutiles, et sans naïveté excessive. C’est une jeune fille débrouillarde, qui tâtonne et fait des erreurs, et qui travaille très dur, sans toutefois oublier qu’elle est une femme – et sans non plus jouer de ce statut pour faire preuve de fausse vulnérabilité.
Les portraits de femmes sont tous très réussis, et c’est surtout dans le tome 3 qu’elles se révèlent. Ascane, bien sûr, est de tous les instants. Mais le roman fait la part belle aux autres protagonistes : d’Aylette, la reine évaporée qui cache un cœur de lionne, à Tellis, la magicienne qui s’embarrasse rarement de l’étiquette, en passant par Corvide, la chef de clan qui peut s’adoucir, la galerie est riche et détaillée.
Le sexisme clairement affiché en début de roman finit par s’atténuer, parce que les personnages opèrent un véritable travail sur eux-mêmes : Sébert revient à de meilleurs sentiments, le roi est mis devant le fait accompli, les licorniers se rendent à l’évidence. Mais il n’y a pas que les hommes qui changent d’avis ! Les femmes aussi finissent par comprendre que leur condition de femme ne les empêche absolument pas de devenir ce qu’elles souhaitent : c’est probablement le point le plus intéressant, car l’auteur rappelle très habilement que le sexisme n’est pas qu’une affaire d’hommes !

Parmi les titres fantasy destinés à la jeunesse, La Fille aux licornes fait partie des romans à ne surtout pas manquer. L’intrigue est extrêmement prenante et plaisante à suivre (même sans être un fondu d’équitation), mais ce sont surtout les valeurs humaines véhiculées par le récit qui le rendent aussi palpitant. Voilà un titre susceptible de plaire aux jeunes, et moins jeunes lecteurs, et dont le propos devrait être plus largement répandu !

La Fille aux licornes, Lenia Major. Talents Hauts, 2015.

Par Oihana

A propos Oihana (415 Articles)
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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