Dévolution : prenez garde au Bigfoot !

Dévolution, Max Brooks, Calmann-Lévy

WASHINGTON — Le nom de Max Brooks est devenu une référence dans la niche de la littérature catastrophe : c’est à lui que l’on doit notamment World War Z, roman devenu un classique pour qui aime les bouquins sur les zombies. Son dernier roman en date, Dévolution, est également un livre qui flirte allègrement avec l’horreur et la « fin du monde »… mais avec, en guest stars… le Bigfoot ! Original, n’est-ce pas ?

C’est un récit jouissif, osons le dire : c’est sacrément bien fichu. On vous explique pourquoi.

Tout commence dans une communauté bobo écolo ultra privilégiée quelque part dans les forêts du nord-ouest américain. Un industriel idéaliste y a construit six maisons dans un coin très isolées. Avec leurs panneaux solaires, leur domotique haut de gamme, leur biogaz, leur matériaux recyclés, ces maisons n’ont rien de cabanons rustiques perdus dans les bois. Le concept ? Vivre avec tout le confort de la ville (notamment un Internet haut débit) dans la nature, au calme, au vert, dans un habitat haut de gamme et écolo. Sur le papier, c’est chouette hein ? C’est pour cela que Kate et Dan ont signé direct.

Un jour, cependant, tout bascule : le mont Rainier voisin entre en éruption. Si la petite communauté de Greenloop n’est pas directement sur le trajet des coulées de boue géantes qui dévastent tout dans son environnement immédiat, deux conséquences majeures impactent très vite les habitants : 1) ils deviennent subitement totalement isolés, sans Internet ni téléphone 2) la route leur permettant de quitter les lieux est coupée. Alors que l’habitante la plus clairvoyante voit venir gros comme une maison le problème des vivres (la communauté est isolée, personne ne viendra les secourir avant plusieurs mois, ils ont deux semaines de courses max), un autre gros, gros souci très poilu et carnivore se rajoute à cette situation déjà peu reluisante : le Bigfoot et ses potes !

Chassée par l’éruption volcanique, affamée par la fuite de toute son gibier habituel, ces nouveaux prédateurs décident de s’en prendre à Kate et ses camarades…

À la manière d’un Stephen King au sommet de sa forme, Max Brooks s’applique à décortiquer la dynamique d’une petite communauté refermée sur elle-même mise en situation de danger immédiat. La psychologie des personnages, du déni à l’acceptation, est brillamment orchestrée, et on voit l’évolution de ces personnages très citadins, très bobo bien comme il faut, qui retournent presque à l’état sauvage pour sauver leur peau. Oui, face au danger, face à un prédateur, même le plus policé des citadins retrouve des instincts animaux… L’horreur, il faut le dire, est à son comble : le Bigfoot n’est pas tendre avec nos héros. Imaginez un peu : des créatures simiesques très grandes et très fortes, plutôt malines et très déterminées à vous manger, prêtes à tout pour vous intimider. Certaines scènes ne sont pas pour les chochottes, autant le dire : le sang gicle, les têtes explosent, les tripes brillent au soleil.

On aime pour les nombreuses références pop culture qui émaillent le récit (vous verrez même un clin d’oeil aux Visiteurs, si, si je vous assure !), assorties à des réflexions sur la survie en elle-même. Grâce à une narration hybride, qui mêle le journal de Kate à l’enquête que mène un journaliste à posteriori, ainsi qu’à des témoignages ou extraits de livres, Max Brooks arrive à rattacher les wagons et à rendre la mésaventure de Greenloop presque crédible : on n’est pas que dans l’action brute.

En bref, ça se lit comme un roman d’horreur avec un côté « plaisir coupable », mais ça fait aussi réfléchir sur la confrontation parfois brutale entre nature sauvage et civilisation moderne. Brillant.

Dévolution, Max Brooks. Calmann-Lévy, 2021. Traduit de l’anglais par Patrick Imbert.

A propos Emily Costecalde 775 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

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