Le Jardin d’hiver : nazis, espionnage et cinéma allemand !

ROMAN D’ESPIONNAGE — On avait découvert les aventures de l’actrice et espionne britannique Clara Vine dans Les Roses noires. Jane Thynne poursuit sur sa lancée et nous offre un deuxième opus à la hauteur du premier !

Cette fois, nous sommes en 1937. Quatre ans se sont donc écoulés depuis la fin de la première enquête de Clara. Leo Quinn, son contact aux services secrets et ancien amant, a regagné l’Angleterre et Clara n’a plus de nouvelles. Elle continue toutefois de tourner sur les plateaux de l’Ufa et de fréquenter le gratin de la société nazie, qu’elle espionne consciencieusement.

L’intrigue démarre, cette fois-ci, très lentement. Il faut, en effet, de nombreux chapitres avant que les différentes trames ne s’entremêlent. Il y a, tout d’abord, l’assassinat de cette future épouse nazie. Anna Hansen est retrouvée morte à l’École des Épouses du Reich et l’affaire semble avoir été étouffée. Or, Clara a déjà rencontré Anna, lorsqu’elle n’était qu’une danseuse de cabaret posant pour Bruno Weiss, un artiste peintre juif… dont les œuvres sont justement exposées à Munich, dans une exposition d’art dégénéré, dont les haut-gradés nazis font des gorges chaudes. Un sujet qui ne peut que passionner Mary Harker, la pétulante journaliste américaine rencontrée dans Les Roses noires. De son côté, Clara est chargée de se rapprocher d’un aviateur allemand afin de lui soutirer des infos, par l’entremise d’Ernst Udet, cascadeur qui doit jouer son partenaire dans son prochain film – et occupe de hautes fonctions dans l’armée. Et tout cela se fait sous la haute surveillance de la Gestapo… Est-ce Goebbels qui fait surveiller Clara ? Son ennemi intime, Goering ? Ou tout simplement Hitler, soigneusement renseigné par les sœurs Mittford, deux jeunes britanniques ayant épousé avec enthousiasme la cause nazie ?

Le Jardin d'hiver, Jane Thynne, JC Lattès

Si l’enquête est menée avec parcimonie et presque par inadvertance, c’est parce que Jane Thynne se concentre sur l’environnement historique et nous offre un roman d’espionnage dans une Allemagne nazie montante savamment resituée. Sur les pas de Clara, on observe le maelström qu’est la politique internationale se former. 1937, il est évidemment question du bombardement de Guernica perpétré par la légion Condor : si le reste du roman est très clair, les quelques analepses consacrées à cet événement traumatique, sur la fin du roman, génèrent quelques confusions en même temps qu’elles permettent – paradoxalement – de mieux comprendre ce qui unit les différents personnages.

Ceux-ci ont la part belle. Clara occupe, évidemment, le devant de la scène. Jane Thynne fait le portrait d’une femme certes courageuse, cumulant les casquettes d’espionne et d’actrice, mais d’une femme avant tout. Avec ses peines de cœur, ses interrogations, ses doutes quant à l’éducation d’Erik, le fils de feue son amie Helga dont elle est devenue la tutrice – et qui, évidemment, commence à montrer de détestables accointances avec les Jeunesses hitlériennes. Sans en révéler de trop, on peut dire que cet opus met en scène un véritable bal des espions : il est même difficile, à un certain point, de savoir qui espionne qui pour le compte de qui au juste ! Le suspense n’en est que plus grand.
Autre figure solaire au menu : la journaliste Mary Harker. Après avoir réussi à revenir en Allemagne (dont elle avait été expulsée), la voilà tâchant de rendre compte de ce qu’il se passe et que les autres nations tentent d’ignorer. Première journaliste sur les lieux du bombardement de Guernica, elle n’est pas sans rappeler Martha Gellhorn, première femme reporter de guerre, dont les articles ont marqué le monde entier !

Car Jane Thynne investit tous les recoins de l’Histoire pour concocter un roman soigné. Les figures historiques, sous leur vrai nom ou non, sont légion. Mais, surtout, elle reprend certains mythes qui ont marqué la Deuxième Guerre mondiale afin d’en tirer une redoutable affaire d’espionnage. En effet, le meurtre d’Anna Hansen pourrait bien dissimuler de très compromettants secrets… et même si la matière utilisée n’a jamais été avérée, Jane Thynne en fait un roman hautement efficace, qui baigne dans l’ambiance attendue des du genre : des espions en pagaille, de la séduction de haute voltige, du danger électrisant, quelques mystères historiques, de l’action et du suspens ! Une série de qualité à noter, d’autant que les tomes peuvent se lire indépendamment, tant pour les amateurs de romans historiques que pour les amateurs de romans d’espionnage.

Le Jardin d’hiver, Jane Thynne. JC Lattès, 17 février 2016. Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz.

A propos Oihana 512 Articles
Lectrice assidue depuis son plus jeune âge, Oihana apprécie autant de plonger dans un univers romanesque, que les longues balades au soleil. Après des études littéraires, elle est revenue vers ses premières amours, et se destine aux métiers du livre.

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