La dernière fois que je suis allée au cinéma…

La dernière fois que je suis allée au cinéma

BILLET D’HUMEUR — La dernière fois que je suis allée au cinéma, c’était en septembre 2017. Je m’en souviens très bien. C’était un après-midi, le week-end, et il faisait plutôt beau. Je suis allée voir Les Proies, le dernier film de Sofia Coppola, avec mon mari. J’étais alors enceinte d’environ deux mois, j’ai passé la séance à me sentir vaguement nauséeuse. C’est quand même fou. Ma fille, celle qui était alors dans mon ventre, fêtera ses quatre ans le mois prochain. Cette année, ça fera donc cinq ans. Cinq ans que je n’ai pas mis les pieds dans une salle de cinéma. Et, vous savez quoi ? Je ne m’en rends compte que maintenant.

Ce n’est pas un choix délibéré, c’est plus la conséquence d’un enchaînement de circonstances. Mon ventre a commencé à s’arrondir. Il n’y avait pas de films que j’avais particulièrement envie de voir sur la période. Puis, j’ai été mise au repos strict. Je me revois encore dans mon lit, à bouquiner, redoutant que notre fille décide de naître prématurément. Cela n’a pas été le cas et, lorsque elle est née, forcément, je n’ai plus eu le temps. Il aurait fallu confier le bébé et alors, croyez-moi, la première chose que j’aurais faite n’aurait pas été de me ruer vers les salles obscures. Ça aurait été de m’écrouler sur mon lit. En septembre 2018, Julia a eu six mois et paf, voilà que ça faisait déjà un an sans cinéma.

Je ne le vivais pas mal. Il y avait Netflix qui comblait à merveille mes envies d’évasion, et la lecture, bien sûr. Et la fatigue, qui recouvrait tout de son voile gris. Quand on est parent d’un enfant en très bas âge, on ne sort plus, ou alors très rarement. Manque d’opportunités, d’envie, de motivation. Je le savais et je l’acceptais.

L’année suivante, ma fille a grandi et a atteint l’âge où on dormait mieux, et où on aurait pu plus facilement la faire garder. Mais c’est l’année où nous avons choisi de déménager. 2019 est synonyme pour moi de cartons, puis de travaux. 2019 a l’odeur des meubles neufs, du plâtre et de la peinture fraîche. Et quand septembre est de nouveau arrivé, sonnant l’anniversaire de deux ans sans cinéma, je suis de nouveau tombée enceinte.

Rebelotte, le premier trimestre de fatigue extrême et de nausées pénibles, avec, cette fois-ci, la difficulté supplémentaire d’avoir déjà un enfant en bas âge d’à peine un an et demi, et une maison en plein travaux. Le week-end, nous emmenions notre fille à la ferme pédagogique, chez les grands-parents, voir ses cousins. Pas de cinéma. Et 2020 a commencé.

Début 2020, ma grossesse avançait et, comme pour la première, on m’a mise au repos. De manière un peu plus drastique que la première fois. En février 2020, alors que le monde vivait encore à peu près normalement, j’étais déjà allongée dans mon canapé avec ma pile de bouquins, à murmurer à ma fille, la deuxième, qu’il lui fallait encore attendre un peu. Bien sûr, pas de salles obscures sur la période. Et puis mars est arrivé, et vous voyez où je veux en venir. Plus personne n’allait au cinéma, de toute manière. On ne pouvait plus. Cinémas fermés. Une autorisation de déplacement à remplir pour pouvoir aller voir le gynécologue, alors que mon ventre s’arrondissait encore plus. Arrive le déconfinement. Ma fille cadette est née pile une semaine plus tard. J’ai repris le travail au terme de mon congé maternité en octobre. Trois ans sans cinéma.

En 2021, je ne savais même pas vraiment si les cinémas étaient ouverts ou pas. Mes pensées allaient plutôt sur l’ouverture ou non de la crèche tandis que j’essayais de mener de front ma vie professionnelle en télétravail et ma vie de maman, avec mes filles de désormais 3 et 1 ans. Une sortie cinéma nous aurait probablement permis de souffler, pendant la période très longue où nous avons été bouclés à la maison tous les quatre, avec la difficulté de travailler à distance tout en gardant deux petites filles, dont une en pleine angoisse de séparation. Peut-être que plus tard je porterai sur cette période un regard attendri (très certainement, même, la nostalgie faisant son effet), mais aujourd’hui, je m’en souviens comme d’un long mois vécu en apnée, à devoir m’excuser parce que ma fille aînée décidait subitement de chanter sa chanson préférée en pleine réunion visio, à devoir enchaîner des calls avec la cadette en porte-bébé pour espérer l’endormir. Du coup, pas de cinéma.

En septembre 2021, ça a fait quatre ans. Ce mois-ci, nous avons fait, pour la première fois, garder les deux enfants pour la nuit. Je crois que les grands-parents s’en souviennent encore. Ma cadette y a gagné le doux surnom d’Attila. Elle a tenu ses baby-sitters éveillés une bonne partie de la nuit. Nous, parents bienheureux qui fêtions leur anniversaire de mariage, n’avons pas opté pour le cinéma pendant cette parenthèse. Nous avons préféré l’intimité d’un hôtel spa, la détente d’un massage, le plaisir d’un bon restaurant. Et enfin, une grasse matinée ! Pas de cinéma.

2022 se déroule, et bientôt, cela fera cinq ans sans cinéma pour moi. Mon mari y est retourné depuis. Il a accompagné notre fille aînée voir sa première toile l’été dernier. À trois ans, elle a découvert les sièges tendus de velours rouge et l’écran géant. Le film, c’était Pat Patrouille. Elle en est ressortie avec des étoiles plein les yeux. Je ne sais pas quand, de mon côté, je retournerai au cinéma. Avec les confinements successifs, nous avons pris l’habitude du confort habituel du canapé, de la chaleur du plaid, de l’écran modeste de la télévision et du catalogue plutôt complet que proposent les applis de streaming. Les séries Netflix ou Amazon Prime ont remplacé les séances de cinoche. Pourtant, à une époque, voilà dix ans, nous avions une carte de cinéma illimitée. Sur un coup de tête, y compris en semaine, on pouvait décider d’aller à la séance de 22h. À l’époque, nous allions voir tous les blockbusters. Ainsi que des films plus confidentiels. Parfois, on s’amusait beaucoup, parfois c’était l’ennui total. On tombait parfois sur une salle presque vide, mais à d’autres moments, nous devions tolérer des bandes de trouble-fêtes qui tapaient dans notre siège et balançaient du pop corn. Parfois, nous tombions sur un voisin bavard. Sur un malotru qui consulte son téléphone en pleine séance. Mais mine de rien, malgré tout ça, malgré les allées encombrées de pots à pop-corn vides et de cadavres de bouteilles de coca, ça avait du charme. Et voilà. Ça va faire cinq ans, les enfants commencent doucement à grandir, et voilà que ça me manque.

Je ne pense pas retourner au cinéma en 2022. Mais en 2023 ? On peut l’espérer.

A propos Emily Costecalde 998 Articles
Emily est tombée dans le chaudron de la littérature quand elle était toute petite. Travaillant actuellement dans le monde du livre, elle est tout particulièrement férue de littérature américaine.

1 Commentaire

  1. Surtout qu’en 2023 il y aura Pat Patrouille 2 héhé !
    Je compatis, j’ai aussi passé 5 ans sans ciné et j’y suis retournée pour la Pat Patrouille justement.

    J’y allais facilement 5 ou 6 fois par an avant ma première grossesse et je ne crois pas reprendre ce rythme même si j’en avais la possibilité car j’apprécie aussi le confort du canapé et de Netflix et que ça représente un sacré budget et de l’organisation

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